Devenu veuf et paraplégique après un accident, Charles Delestan joue du violon dans le hall d’une station de métro de Barcelone. Il fréquente aussi, la nuit, le Majestic. Sous la direction de Marc Evangelistas et de ses musiciens, à l’écoute de la voix de la chanteuse noire Samantha ; il est séduit par son talent et sa beauté. Ils fusionnent, attirés instinctivement, pour de multiples raisons.
Au clair de l’aube, la pulsion de sauver la chanteuse de ses agresseurs, le libère du souvenir obsédant de l’accident qu’il a vécu. Dans les rues de Barcelone, déjà point le jour.
Je franchis le seuil du Majestic, filtré à l’entrée par le chasseur qui me connaît et me laisse passer. D’emblée dans l’ambiance de la salle, j’ai la surprise de reconnaître Marc Evangelistas, après des années d’absence… Debout, sur la scène, masqué à peine par le piano à queue, il joue et plaque des accords vertigineux, amers, presque discordants, en réponse à la voix de la chanteuse noire qui fait partie du groupe. Les deux autres musiciens, le batteur, le bassiste, s’efforcent de jouer en symbiose avec eux. Quelques légers applaudissements. Puis la chanteuse se lance sur un nouveau thème qu’elle couvre peu à peu de son timbre chaud. Sa voix vibre, émouvante, sensuelle, avant de prendre son envol décisif. Les autres instruments, le piano inclus, l’accompagnent en sourdine et donnent l’impression de dériver dans le halo d’une clarté diffuse, d’un rose pâle…
Au Majestic, chaque fois que j’ai du vague à l’âme, je viens parfois me divertir… Les groupes musicaux s’y succèdent en fonction des saisons, ce qui s’appelle être en tournée, à Paris, Copenhague, Madrid, Berlin, Barcelone… Il fait assez froid, dehors, ce soir… Les habitués de la brasserie-restaurant en ont pour leur argent. Le cliquetis des verres se mêlant aux éclats de voix des consommateurs près du bar, je constate dans leur apparence que la plupart ont oublié cette impression de froid, en entrant... On est bien chauffé, au cabaret.