Je m’appelle Kristina. J’ai 25 ans. J’ai baisé, j’ai joui, j’ai pleuré. J’ai aimé. J’ai fui. J’ai obéi. J’ai dominé. Et maintenant j’écris.
Ce journal est mon corps étalé sur le papier.
Un corps de femme libre, sale parfois, sublime souvent.
Je suis née sur les bords du Don, j’ai grandi entre les jambes d’un monde qui ne sait pas quoi faire des filles comme moi.
J’ai appris à survivre en me faisant désirer.
À exister en me laissant dévorer.
Ce livre, c’est du sexe.
Des souvenirs, des scènes crues, du foutre, des douleurs, des rires, du silence, des morsures, des mains, des odeurs, des cris.
Et parfois, un peu d’amour.
Cher journal, chers lecteurs, et j’espère… chères lectrices.
Voilà, c’est le début. Cette page blanche, offerte devant moi comme une peau nue, attend mes mots, mes phrases, mes souvenirs, mes fantasmes… ma vie.
Ma vie n’est pas bien longue — officiellement. J’ai vingt-cinq ans. Mais j’ai l’impression d’en avoir vécu cent. Ou mille.
Des existences empilées les unes sur les autres. Des visages, des villes, des lits, des départs. Des corps aussi, souvent. Beaucoup.
Je suis Kristina Sylvanevna T. — fille de Sylvain T., diplomate français, et de Ania Leonidovna D., une femme ukrainienne aussi belle que sauvage, aux yeux clairs comme le Dniepr en hiver.
Je suis née un matin chaud du 12 juin 2000, à Rostov-sur-le-Don, grande ville du sud de la Russie. Une ville tendue entre deux mondes, comme moi.
Un million d’habitants, un centre-ville râpeux, post-soviétique, des banlieues au béton fissuré, des marchés bruyants, des filles en mini-jupes l’été, des hommes qui fument et qui crient. Le Don coule au loin, paresseux.
L’été, la ville cuit. Les ruelles sentent la poussière et les pastèques trop mûres. Les chiens errants se couchent sous les voitures brûlantes.
L’hiver, tout se fige, puis tout fond. La neige devient boue, les trottoirs sont des pièges. J’ai toujours trouvé ça beau. Tragique, sale, vivant.
Je suis Gémeaux. Deux visages ? Non. Trois. Parfois quatre. Ça dépend de la lune.