Il y a des vies que l’on raconte facilement. Et puis il y a celles qu’il faut avoir le courage de regarder en face.
Ce livre raconte la mienne.
Je n’ai pas écrit ces pages pour me donner le beau rôle, ni pour effacer mes erreurs. J’ai connu des périodes où mes choix m’ont entraîné très loin, parfois trop loin. J’ai connu la peur, la violence des conséquences, la solitude, les ruptures et les moments où l’on finit par se demander s’il est encore possible de revenir en arrière.
Pendant longtemps, mon passé a fait partie de moi sans que je sache réellement comment le raconter. Certains souvenirs étaient enfouis, d’autres étaient difficiles à affronter. Mais avec le temps, j’ai compris qu’on ne peut pas changer ce qui a été vécu. En revanche, on peut choisir ce que l’on en fait.
Écrire ce livre, c’est donc revenir sur un chemin qui n’a pas toujours été droit. C’est parler de l’homme que j’ai été, de celui que je suis devenu et de cette volonté de continuer à avancer malgré tout.
Je ne demande pas au lecteur de me juger ou de me pardonner. Je lui demande simplement de me lire jusqu’au bout.
Parce que derrière les erreurs, derrière les condamnations, derrière les échecs et les blessures, il reste toujours un homme.
Et parfois, même lorsqu’on pense être arrivé trop loin pour revenir, il existe encore un chemin.
Voici le mien.
Il y a des nuits où le silence fait remonter tout ce que l’on a passé des années à repousser. Une maison endormie, une route presque vide, quelques heures devant soi et soudain les souvenirs arrivent sans prévenir. Pas toujours dans l’ordre. Pas toujours avec des visages nets. Parfois seulement une sensation, une odeur, une voix, une porte, une rue.
J’ai longtemps pensé que ma vie était une succession de périodes sans rapport les unes avec les autres. L’enfant. Le jeune qui faisait des conneries. Le militaire. L’homme pris dans la justice. Celui qui a connu la prison. Celui qui a aimé. Celui qui a travaillé. Celui qui a voulu recommencer. Aujourd’hui, je comprends qu’il y avait un fil entre tout cela.
Selon ma psychologue, je me suis construit autour de la mort. Cette phrase est difficile à entendre, mais elle m’a obligé à regarder mon histoire autrement. Je ne raconte pas ma vie pour me donner le beau rôle. Je la raconte parce qu’à force de vivre avec ses morceaux, on finit parfois par avoir besoin de les remettre ensemble.
J’écris avec les souvenirs que j’ai. Et il faut commencer par accepter une chose : ma mémoire n’est pas complète. Jusqu’à l’âge de dix ans, il ne me reste que des bouts. Je peux me rappeler une personne, un lieu, une sensation, puis ne plus savoir ce qui s’est passé entre deux images. Je ne vais donc pas fabriquer une enfance parfaite pour remplir les trous. Les trous font aussi partie de mon histoire.
Ce livre est le chemin d’un homme qui a connu des périodes où il aurait pu ne jamais revenir. Il y aura des erreurs, de la violence, de la justice, de l’amour, de la famille, du travail, des institutions, des projets et des recommencements. Je ne cherche pas à effacer ce que j’ai été. Je cherche à comprendre comment je suis devenu celui que je suis.
Et peut-être qu’au bout de ce récit, le lecteur comprendra une chose que j’ai mis des années à comprendre moi-même : on peut porter une histoire très lourde sans être obligé de la transmettre telle quelle.