On utilise les mêmes possessifs pour désigner des objets et des personnes. On dit "ma" femme comme on dit "ma" voiture. "Mon" mari, "ma" fille", "mon" patron, etc. C’est tout à fait normal. Aujourd’hui. Mais la société évolue. Notre façon de parler aussi. Hier on disait "il" ou "elle". Mais aujourd’hui on peut dire "iel". Et si demain dire "ma" femme devenait délictuel. Si vous trouvez ça démentiel, alors surtout évitez de lire "le cauchemar de om père".
L’institutrice, une femme mûre à la peau cuivrée, aux cheveux longs ondulés, est habillée d’une jolie robe imprimée bleue, à fleurs. Debout, le dos bien droit, elle fait face à une douzaine d’enfants de sept et huit ans, assis sagement. Les bureaux individuels ont une structure en métal et un plan de travail en bois vernis, légèrement incliné. Au fond, les quatre chaises du quatrième rang sont vides. En haut sur le mur du fond, un espace mur-écran sert d’horloge analogique. Il est pas loin de onze heures et demie.
– Il reste une demi-heure avant la pause déjeuner, dit l’institutrice en jetantun coup d’œil à l’horloge. Qui peut me dire ce que l’on avait prévu de faire durant ce laps de temps ?… Sans consulter vos tablettes. Évidemment.
La pédagogue voit au troisième rang, à sa gauche, un garçon à la peau mate, aux cheveux fins et soyeux, lever la main.
– Oui Brayane.
– La révision concernant… les adjectifs libertifs et les adjectifs possessifs,répond le petit garçon d’origine indienne.
– Oui. C’est bien ce qui était prévu. Et qu’est-ce qui sera le plus important àretenir de notre échange ?… Je vous l’ai dit vendredi, ajoute l’institutrice en attendant qu’une main se lève.
Au deuxième rang, à droite, une fillette au teint pâle, aux cheveux courts, avec une large tache de naissance sur la joue droite, se propose de répondre. – Estelle.
– Le plus important à retenir… c’est qu’il est interdit d’utiliser les possessifspour désigner des personnes. Et aussi faire la différence entre les deux.
– Absolument. Très bien Estelle. On ne va pas revenir sur les règles d’utilisation. Ce que je vous demande c’est des exemples. Le possessif et le libertif correspondant. Je vous écoute.
Au premier rang, une fillette blonde, cheveux mi-longs, sourit tout en levant le bras droit.
Salut à toi lectrice, lecteur, ou à toi qui te considère comme non-binaire.
Le titre de cette histoire t'a intrigué ? Il y a de fortes chances. C'est ce mot : « om ».
En parallèle, même si cela n'a strictement rien à voir, j'ai lu « Oms en série » quand j'étais ado. J'ai adoré.
« Om ». Bien sûr, il ne s'agit pas ici de la syllabe sanskrite, la vibration… à l'origine de la création du monde. « Om père » signifie tout simplement « mon père ». Tu l'as compris tout de suite. Ce serait une insulte à ton intelligence d'oser penser le contraire.
Mais alors pourquoi remplacer « mon » par « om » ? Quel intérêt ?
Je suis haut comme trois pommes. On m'apprend à parler. Je dis « ma maman », « mon stylo », « mon cahier ». Je suis un homme. Je dis « mon rasoir », « ma voiture », « ma femme ». Je suis papy. Mon esprit papillonne. Une rose… un arum… une pensée. On utilise les mêmes possessifs pour désigner les objets et les êtres humains.
Réflexion futile d'un esprit ductile ?… Ainsi soit-il ?
Pendant quelques instants, juste quelques instants, le papillon rêve intensément. Qu'il en soit autrement.
Bonne lecture.