Accueil > Littérature > Un temps pour conter fleurette
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Dans ce nouveau recueil d’histoires courtes plus ou moins véridiques, l’auteur dépeint avec une grande finesse les rapports humains entre les protagonistes de ses histoires. Ses personnages ont de l’épaisseur, sont cohérents et nous apprennent sur eux après chaque page. Le style est direct, simple, mais se prête en même temps parfaitement aux anecdotes, narrations, intrigues.
En entendant une vieille chanson de Jo Dassin sur Radio-Nostalgie j’avais décidé ce matin-là d’aller draguer sur les Champs-Élysées : "il suffisait de te parler, pour t’apprivoiser". Le temps, printanier, était superbe avec un vent léger qui chassait l’odeur des voitures en circulation : c’était vraiment un temps pour conter fleurette.
Mais c’était aussi le temps de la dispersion des pollens et j’avais donc pris soin d’avaler une bonne dose de mon médicament anti-allergie avant de sortir de chez moi. Parce qu’il ne faut pas espérer être séduisant avec des yeux rouges – même si c’est un joli rouge – et en se mouchant continuellement.
C’était donc avec l’œil clair et les muqueuses dégagées que j’abordais les jeunes femmes passant à ma portée. Mais ça durait depuis un bon moment et j’en étais, au moins, à mon douzième râteau. Je commençais à me demander pourquoi je venais toujours spécialement sur les Champs-Élysées pour draguer alors que ça ne fonctionnait jamais. C’est comme pour les champignons : il faut connaître les bons coins. Mais les connaisseurs ne révèlent jamais leurs bons coins.
J’allais abandonner pour aujourd’hui quand j’ai rencontré Marlon (on prononce Marlown, à l’américaine comme pour Marlon Brando). Marlon est un collègue de la Boîte, élégant et décontracté, sympa mais un peu agaçant parce que toutes les femmes semblent amoureuses de lui. J’ai observé que, depuis qu’il est arrivé à la Boîte, les femmes portent leur chemisier déboutonné au deuxième bouton. Je ne m’en plains pas, mais ça m’agace de voir que ce mec, les nanas sont prêtes à se pendre à son cou sans qu’il fasse le moindre effort pour ça. Ce jour-là sur les Champs-Élysées j’étais étonné de le voir seul. Il me dit : « qu’est-ce tu fais ici ? Tu dragues, j’en suis sûr !
– Bah euh... oui. Comme toi.

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