Les textes que nous proposons à la lecture et à la réflexion, traduisent une réalité algérienne marquée par la misère et l’abondant de la part de la bourgeoisie coloniale en pleine « Guerre froide ». Les victimes de l’œuvre coloniale sont Européennes et Algériennes arabes et amazighs. Du nord au sud, d’Est à l’Ouest, Mohammed Dib témoigne par sa plume, le désarroi des masses pauvres et spoliés de leurs droits de vivre.
Nous avançons par un temps gris sur les routes de Basse-Kabylie ; de gros nuages pèsent dans l’air. À hauteur de l’oued Corso, nous commençons à voir le triste état dans lequel le pays a été laissé par les inondations de la veille. Les ravages provoqués dans les cultures s’étendent sur plusieurs kilomètres. Le Corso lui-même roule encore des eaux bourbeuses et jaunes. Quelques mètres après le port, la route avait été coupée par la tombe. À présent il reste un épais blanc de boue que des équipes de travailleurs déblaient peu à peu. Des deux côtés de la route, les champs en pente avaient été complétement submergé. Çà et là, dans les terres en cuvette, de larges nappes d’eau couleur de limon sont retenues par le sol marneux. Là où l’inondation a passé, les cultures présentent un aspect désolé et comme piétiné furieusement. Les vignes, ainsi que leurs supports métalliques, sont arrachées ; ailleurs elles sont entièrement recouvertes de terre entraînée ; là, tout est perdu, il ne reste rien d’un vignoble noyé.