La dette française, dont beaucoup d’entre nous connaissent l’existence par son énorme montant qui grossit chaque jour, ne fait pas vraiment peur aux Français. Du moins pas encore. Le phénomène est trop abstrait, impersonnel, loin de leurs vraies préoccupations qui concernent avant tout leur pouvoir d’achat et son maintien - quand ce n’est pas son augmentation.
Et pourtant ! Cette dette de 3.500 milliards d’euros est une bombe. Une vraie bombe que quelques artificiers politiques inquiets voudraient désamorcer, sans très bien savoir comment s’y prendre.
Malheureusement, ausculter la bombe - la dette -, tourner autour en l’alimentant paradoxalement toujours en explosifs, ne suffit pas. C’est un début sans doute puisqu’il faut bien savoir de quoi l’on parle et de quels mécanismes la bombe se nourrit pour grossir autant. Mais cette approche suffit-elle vraiment au désamorçage espéré ? Peut-elle éclairer ceux qui doutent ou s’en moquent quand, pour d’autres, la dette ne serait qu’une illusion qui se noiera bientôt dans les sables ?
Le sujet mérite beaucoup plus qu’une simple interrogation.
La France vit au-dessus de ses moyens. La France, c’est-à-dire les Français dans leur ensemble, qu’ils en soient ou non conscients.
De ce fait, pour continuer à bénéficier du confort dans lequel ils se sont habitués à vivre depuis plus de 50 ans et puisque leurs revenus sont insuffisants, ils empruntent.
À ce stade, rien de grave aussi longtemps que leurs emprunts sont circonscrits et temporaires, comme le sont ceux que nous connaissons tous pour l’achat d’une résidence principale ou d’une voiture qui fonctionnent plutôt comme des investissements. Plus préoccupant lorsque ces emprunts d’État deviennent la norme en se substituant, pour une part de plus en plus importante et nécessairement dangereuse, à nos revenus, particuliers ou collectifs. Et malheureusement, de façon inexplicable, ceux qui nous prêtent - étrangers pour beaucoup - veulent que nous les remboursions.
Pire : au capital de 3.500 milliards d’euros qu’il faut en effet leur rembourser, s’ajoutent des intérêts variables dont ils attendent les versements avec impatience, parfois pour payer leurs propres retraites... Une double peine pour certains Français qui comprennent mal la situation puisqu’à leurs yeux ces prêts devraient être des dons, gracieusement consentis en gage de leur admiration pour notre pays et son remarquable fonctionnement social et humanitaire, autocélébré comme la 8ème merveille du monde.
Dès lors, à persévérer dans notre train de vie, à poursuivre nos élans d’emprunteurs, à dépenser pour le quotidien un argent que nous n’avons pas mais que nous devons à d’autres sans sérieuses perspectives d’amélioration, notre dette nationale gonfle, gonfle comme la grenouille de La Fontaine qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.