Avec cette traduction provençale, L’Avare devient très généreux en expressions enjouées, colorées et poétiques.
SCÈNE PREMIÈRE
VALÈRE, ÉLISE.
VALÈRE :
Hé quoi, charmante Élise, vous devenez mélancolique,
après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi ? Je vous vois soupirer, hélas, au milieu de ma joie ! Est-ce du regret, dites-moi, de m’avoir fait heureux ? et vous repentez-vous de cet engagement où mes feux ont pu vous contraindre ?
Aquelo empego ! Eliso, vous qu’avès li sèt bèuta, perdequé sias-ti malancòni après m’agué fa pantaia emé vòsti proumesso ? Pecaire ! vous vese faire li brego alor que pete de joio ! Digas-me, regretas-ti de m’agué fa trefouli de baudour ? E vous repentissès-ti d’aqueste engajamen mounte mi fiò an pouscu vous còugi emé mis iue de cassounado ?
ÉLISE :
Non, Valère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je
fais pour vous. Je m’y sens entraîner par une trop douce puissance, et je n’ai pas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas. Mais, à vous dire vrai, le succès me donne de l’inquiétude ; et je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais.
Nàni, Valèri, noun posque me penti de tout ço que m’agrado de faire pèr vous. Ié siéu entrina pèr un enavans estrambourdant que m’empacho de dire basto à-n-aquésti causo. Mai, pèr vous dire moun franc valentin, lou bèn- ananço me fai veni cabro e me douno li mau-ancoues ; ai pòu d’èstre amourouso de vous coume un agrenas.