Une jeune fille se promène avec sa mère. Avec les beaux jours reviennent les tentations
– Tu ne peux pas sortir habillée comme cela, ma fille !
Ma mère me regarde. Je suis prête pour sortir. Toute pimpante.
Après un silence, un moment d’hésitation, elle ajoute :
-Tu es beaucoup trop belle.
Son regard s’est arrêté sur ma poitrine. Je vois ce qui la gêne.
Mon petit haut couleur rose pâle. Il n’est pas très échancré, mais très fin et près du corps, il moule mes seins. Deux rondeurs fermes aux galbes parfaits, dont les tétons pointent sous le tissu, puisque le soutien-gorge n’a pas pu les aplatir… Deux jumelles au charme ineffable. Deux appas… Deux pièges.
Il va très bien avec ma jupe gris perle qui s’arrête à 10 cm au-dessus du genou.
On est en avril. Pour les vacances de printemps, j’ai quitté l’internat de Sainte Richilde, et je suis de retour à Paris.
Le printemps est là : le soleil inonde les vitres, et il fait bon.
Habillée comme je suis, je me sens printanière, en accord avec la nature, qui a décidé de se faire belle et riante.
La chaleur pénètre mon corps, et je me sens bien
-Fais-moi plaisir, insiste ma mère, change-toi.
Je l’interroge du regard, avec l’air de celle qui ne comprend pas ce que l’on veut d’elle.
-Pourquoi ne pas mettre l’uniforme de ton école ? Je le trouve très élégant.
Nous y voilà !
Ma mère tient à son rang. Si on rencontre des gens qui nous connaissent, il importe qu’ils sachent tout de suite que je fréquente une école réservée aux jeunes filles de très bonne famille. Des familles très aisées, voire même fortunées, comme la nôtre…Un établissement sans aucun contrat avec l’Education Nationale, et qui, de ce fait est entièrement financé par les familles.
Les frais de scolarité, tout à fait prohibitifs, nous épargnent la fréquentation des classes populaires et des classes « moyennes », voire même de ceux qui ne sont que moyennement riches.
Ce qui, paraît-il, est garant de notre bonne éducation.
18 avril 2025, par Emmanuel LEPIN
Un texte à la fois tendre, mordant et sensuel, où la jeunesse s’éveille dans un écrin de satin, d’hypocrisies sociales et de pensées troublantes. Laure Clérioux signe un récit audacieux et délicieusement impertinent. Merci pour ce partage !
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