Trois gars arpentent les rues de la ville, cherchant un exutoire pour l’énergie dont déborde leur jeunesse ardente et généreuse. Chemin faisant, ils évoquent les joies et les attraits de la cité dans laquelle ils demeurent.
Il n’y a pas un chat dans la rue Gambetta, endormie sous la lumière blafarde des candélabres de l’éclairage urbain.
Les trois jeunes avancent à grand pas.
Bien qu’ils soient côte à côte, presque à se toucher, ils éprouvent le besoin de s’interpeller à voix haute, si bien qu’on croirait une manif, progressant dans la rue, à l’heure où les syndicalistes sont devant la télé.
Ils viennent de passer devant la maison de Julien, qui s’est mis à sa fenêtre.
« Ils cherchent sûrement du travail », grommelle celui-ci en son for intérieur.
Brandon et Dylan l’ont aperçu, et lui font un doigt d’honneur. Ils se montrent volontiers moqueurs envers les gens qui mènent une vie normale, en particulier ceux qui gagnent leur argent d’une manière licite. Or Julien est de ceux-là, ils savent vaguement qu’il est ingénieur sur un chantier.
– Déconnez pas, les mecs, leur dit Aziz. C’est mon voisin.
Aziz a de l’estime pour Julien, et pour sa femme, Anne, qu’il a déjà aperçue alors qu’elle se rendait à son travail à l’hôpital. Leurs deux familles mènent des existences discrètes et s’entendent plutôt bien.
– C’est quand-même un cave, rétorque Brandon.
Brandon, lui, est un affranchi. Un vrai mec, et non un pue la sueur.
Dylan demande :
– Tu t’arrêtes chez toi, Aziz ?
– Pas besoin, répond ce dernier. Ma reum et mes reusdés sont devant la télé. Je les verrai en rentrant