Pour les "gens ordinaires", c’est une surprise que donne à voir cette promenade dans les sources écrites du christianisme des premiers temps, appelé "primitif" par commodité.
En s’appuyant sur les déclarations des évêques, théologiens et autres auteurs chrétiens qui construisent et imaginent l’Église, cette incursion à la fois historique et sociologique, nous montre une chrétienté bien différente de celle que l’Institution, a donné d’elle-même pendant des siècles.
Si l’Église su prendre le meilleur du message évangélique, elle fut aussi beaucoup plus agressive et arrogante qu’on ne l’imagine souvent dans son combat pour un pouvoir qu’elle voulait total et sans concurrence. La nuance dogmatique et idéologique ne fut jamais son terrain de jeu. Le christianisme aurait-il pu inspirer les totalitarismes contemporains ?
Cette question, posée d’emblée comme une problématique, peut surprendre par son intensité et la place que je lui donne dans l’élaboration du christianisme. Et pourtant ! C’est à l’évidence un sujet si important pour l’élite chrétienne des premiers siècles qu’il en devient très vite obsessionnel. Il est une façon d’être et de penser si redondante et viscérale, si puissante et démonstrative, qu’on en arriverait presque à croire qu’elle va de soi, qu’elle est naturelle ou génétiquement programmée comme pourrait l’être notre peur phobique des araignées ou des serpents. Une telle haine - ou rejet pour ceux que le mot contrarie - n’aurait donc pas à se justifier. Elle pourrait éventuellement se constater mais en aucun cas prêter le flanc à une mise en évidence qui impliquerait moqueries ou condamnations. C’est pourquoi certaines personnes n’ayant lu ni les Évangiles ni les écrits des premiers évêques ou autres théologiens, éprouvent de fortes réticences à évoquer la question et l’utilisation d’un mot à leurs yeux blessant et réducteur. D’ailleurs, l’Église ne saurait haïr ou avoir haï. Pas plus la sexualité qu’autre chose. Et si elle a pu avoir quelques moments d’égarement, c’était hier, dans un passé adolescent si lointain et différent qu’il serait provocateur de le rappeler.
29 décembre 2022, par Gérard Moret, auteur
Merci de votre avis auquel je pensais avoir déjà répondu, sans doute au mauvais endroit.
Votre remarque sur les redondances est justifiée même si, pour diverses raisons parfaitement assumées, j’ai préféré ne pas trop les réduire. Au demeurant, elles étaient souvent inévitables dans le cadre d’une argumentation chrétienne (donc des citations) elles-mêmes très répétitives.
Je suis en revanche plus réservé sur le point de la sincérité des premiers auteurs chrétiens : la notion d’"opium du peuple", indirectement évoquée dans votre avis, était bien étrangère à l’élite chrétienne, totalement convaincue de la justesse de ses croyances. Historiquement parlant, la sincérité des évêques peut de ce fait difficilement être remise en cause. Pour les premiers siècles pris en compte ici, et malgré toute mon attention, jamais la moindre déclaration d’un évêque ou autre théologien n’a pu me laisser penser le contraire.
Paradoxalement, cette sincérité derrière laquelle peut parfois se manifester une volonté d’absolution, est très négative dans ses conséquences dès lors qu’elle devient le moteur d’une forme d’absolutisme qui oppose un bien -la chrétienté - au mal - c’est-à-dire tout le reste. Très peu d’ouvertures ou de réajustements sont possibles dans ce type de situation. Nous pouvons nous rejoindre sur ce point.
Bien à vous, Gérard Moret
Répondre à ce message
11 décembre 2022, par Tyaglova-Fayer
Bonjour, vos recherches confirment les miennes. J’ai publié mon livre "Le matriarcat revient-il ? D’un monothéisme féminin vers un monothéisme masculin." (avec Librinova) encore en avril... Mais, je continue à réfléchir... En fait, les croyances humaines évoluent en reflétant l’évolution sociétale, adaptant la philosophie et la religion qui convient à l’humanité à chaque étape d’évolution. Aujourd’hui, nous vivons une période de grands changements : l’humain est devenu "incontrôlable". Il milite pour avoir sa liberté de penser où il remette tout en question... Ceci n’arrange pas le pouvoir... Cette situation peut dégénérer en effondrement civilisationnel (on en avait déjà vécu plusieurs) ou amener l’humanité vers une nouvelle organisation civilisationnelle, nouvelle compréhension des ordres cosmiques. Il faut juste que nous soyons honnêtes devant nous même et que nous débarrassons de notre hypocrisie et des notions comme "l’enfer, c’est l’autre". Qui vivra verra...
^ 18 décembre 2022, par Moret Gérard, auteur.
C’est aimable à vous d’avoir pris la peine d’écrire votre avis. Mais ma réponse vous parviendra-t-elle ? La belle organisation du site des éditions 999 m’échappe un peu puisque, pour un avis précédent auquel j’ai répondu deux fois par précaution, ma réponse ne s’affiche pas, à l’encontre de l’avis, pour sa part bien visible.
Votre réflexion sur le rapport homme/femme dans l’histoire est intéressante. Vous avez pu voir que je n’ai pas longuement développé le sujet concernant l’Église. Ma réflexion n’est qu’un simple rappel : la chrétienté a très tôt (disons dès les tout débuts, comme le montre Paul) affirmé la prééminence du genre masculin sur les destinées d’une humanité placée au-dessus de tout, notamment de la femme qui lui est subordonnée, comme le sont d’ailleurs les animaux avec lesquels la comparaison paraît inévitable. D’où mon expression de "chrétienté, religion supérieure pour une masculinité supérieure". Rien de très original si l’on s’en tient à l’avis de nombreux chercheurs qui disent souvent la même chose, mais en termes beaucoup plus feutrés.
Bien à vous, Gérard Moret
Répondre à ce message
9 décembre 2022, par Frederi Marcelin
J’ai lu avec intérêt. Les redondances m’ont un peu gêné. Mais l’histoire de la prise de pouvoir de l’église sur le monde antique, l’imposition progressive du monothéisme sur la société occidentale et moyen orientale trouve ici une bonne explication. Pour ma part et connaissant la nature humaine, je pense que les premiers évêques ne croyaient pas plus en Dieu que leur successeurs. Dieu est un concept fédérateur et le dogme un cadre idéal pour tenir le peuple dans l’obéissance. Si l’église n’a pas réussie à prendre un pouvoir direct elle a toujours été l’alliée indéfectible de tous les gouvernants.
En tout cas, bravo pour votre beau travail.
Répondre à ce message