Ce Petit manuel est dédié à tous ceux qui n’ont pas « les dents longues », qui n’ont pas la « niaque », la « hargne », la « rage » ; à tous ceux qui n’ont pas plus d’ambition professionnelle que de volonté de gravir coûte que coûte les différents échelons de l’échelle sociale dans le seul but de réussir. Il s’adresse au contraire à cette majorité d’entre nous qui n’a de cesse d’essayer de survivre au sein d’une société de plus en plus injuste et inégalitaire, consumériste et grande consommatrice d’hommes et de femmes. Autant de « denrées périssables » à seule fin d’alimenter un productivisme de plus en plus exigeant, indétrônable et incontrôlable.
Ce livre n’est donc pas pour les carriéristes, les ambitieux, les battants, les winners, les leaders, les aspirants managers, directeurs ou personnels d’encadrement. Ceux-là n’ont que trop de publications qui leur sont consacrées. Ce petit manuel n’est là au contraire que comme ultime bouée de sauvetage ou « kit de survie » pour les plus humbles, les sans-grade et les plus démunis face à un monde du travail en pleine crise. Bref, tous ceux qui se sentent un peu perdus sinon parfois désemparés au sein de cette jungle industrielle de plus en plus hostile, agressive voire destructrice de personnalités et d’individus.
Au sujet du mot TRAVAIL, le dictionnaire Littré donne une première définition qui est la suivante : « Nom donné à des machines plus ou moins compliquées, à l’aide desquelles on assujettit les grands animaux, soit pour les ferrer, quand ils sont méchants, soit pour pratiquer sur eux des opérations chirurgicales. ♦ Vous connaissez mes chevaux, ils sont fort beaux ; celui qui s’appelle le Favori était au travail ; on lui faisait le poil de l’oreille, ne vous en déplaise, il s’est mis en furie ; on a voulu lui rendre sa liberté ; il s’est jeté comme un furieux par-dessus les barres, et s’est crevé le cœur, SÉV., 460. »
À savoir également que l’origine du mot remonte dès l’Antiquité et vient du terme bas latin trepalium, déformation de tripalium, instrument formé comme son nom l’indique, de trois pieux (deux verticaux et un horizontal). On y attachait les animaux pour les soigner ou les ferrer ; mais aussi parfois les hommes pour les supplicier.