J’ai consacré les trois dernières années professionnelles au sein d’une société pétrolière à un projet d’usine en Allemagne. Ces années ont été exaltantes, mais demandant une forte implication de ma part. Admis à faire valoir mes droits à la retraite je me suis lancé avec la même détermination dans le golf mais durant plusieurs années mes pensées continuaient à être tournées vers le projet et les membres de l’équipe. D’autant que deux ans après ma « libération », une enquête est lancée sur d’éventuelles commissions occultes versées à l’occasion du rachat de l’ancienne plateforme.
Madame la juge me regarde d’un œil froid.
— Je prends la décision de vous mettre en garde à vue. Je vous interrogerai à nouveau dans les prochains jours.
Je suis anéanti et quitte le bureau sans faire aucune remarque. Un policier me guide dans les sous-sols du Palais de Justice, où un second policier me demande de lui remettre ceinture, montre et portefeuille. Que m’arrive-t-il ? Après une fouille rapide, je suis conduit en fourgon à la maison de la Santé. Photo anthropométrique, prise d’empreintes digitales. L’interne est appelé pour la visite réglementaire. Après un examen rapide, il m’exempte de la fouille complète, réglementaire.
Les doigts encore souillés d’encre, je reçois des mains d’un gardien, un balluchon, dont il me dit qu’il contient des draps et le nécessaire de toilette, puis on me remet une miche, une pomme et un œuf dur.
Un second gardien me conduit dans une des cellules, lit à deux étages, matelas défoncés et souillés. Un lavabo et une cuvette des WC crasseux. Odeur infecte. Il est minuit, je suis épuisé.
Une seule envie : dormir.