Avec Anatomie du Désir et Anatomie du Désir 2, Leo Carleroy auscultait les mécanismes secrets du désir, ses promesses, ses vertiges et ses désillusions. Ce troisième opus prolonge cette exploration.
Bérénice collectionne les rencontres comme d’autres accumulent les expériences ou les voyages. À chaque nouveau profil relevé et analysé sur ses sites de rencontre favoris, elle imagine la possibilité d’un bonheur plus intense, sans mesurer à quel point la traque en elle-même est devenue une véritable addiction.
À l’inverse, Elya Quick, révélation du film Les Jardins Clos, apprend que les désirs qu’elle suscite peuvent se transformer en pouvoir, en notoriété et en gains financiers. Cependant, sous les projecteurs ou en première de couverture des magazines, la jeune femme découvre le prix de la célébrité et souffre de l’inconfort que lui provoquent certaines des identités imposées par le voyeurisme collectif.
Du désir consommé au désir exposé, Leo Carleroy poursuit sa description d’une époque où chacun cherche une place dans le grand théâtre des apparences, des passions et des illusions.
Les sites de rencontres promettent de rapprocher les âmes solitaires. Ils sont devenus un supermarché du désir où les visages défilent les uns après les autres sous le doigt du consommateur. Chaque profil ouvre la perspective d’une rencontre idéale, d’une émotion nouvelle, d’une aventure plus intense que la précédente. On ne cherche pas l’amour mais sa possibilité, renouvelée à l’infini.
Bérénice ne se considère pas comme dépendante. Pourtant, en permanence, machinalement, elle consulte ses applications favorites, persuadée que le prochain visage aperçu sur son écran changera sa vie.
Dans cette chambre fonctionnelle et sans charme particulier, Bérénice s’abandonne, totalement en confiance, aux caresses enfiévrées de son partenaire, un presque inconnu. Nul besoin d’interminables fiançailles, nécessaires jadis lorsque la relation s’inscrivait dans un contexte de méfiance, de suspicion largement partagé par l’ensemble de la parentèle. La fusion des corps ne pouvaient alors intervenir qu’au terme d’un processus, d’une maturation où le flirt ne se concevait que sous l’œil suspicieux d’une duègne ou d’un chaperon. Il en fallait, de l’audace, pour voler un baiser à la dérobée, s’autoriser une caresse et risquer le froncement de sourcil réprobateur d’une tierce personne.
Aujourd’hui, la question est plutôt de savoir s’il est acceptable de coucher dès la première nuit. Les temps ont changé. Le mariage n’est plus cette institution immuable, indissoluble qui, des siècles durant, a structuré les rapports sociaux, configuré la sociologie. La contraception et les antibiotiques permettent de batifoler en courant un minimum de risques.
Après les passions fragmentées d’Anatomie du Désir et les désillusions du deuxième opus, Leo Carleroy poursuit son exploration des métamorphoses du sentiment amoureux dans une société gouvernée par l’instant et l’image.
Bérénice, prisonnière des applications de rencontres, cherche l’homme idéal dans un défilement sans fin de visages interchangeables. À l’autre extrémité du miroir, Elya Quick, révélation du film Les Jardins Clos, découvre que la célébrité transforme le désir en marchandise et les êtres en projections collectives.
Entre quête compulsive du plaisir et fabrication des icônes contemporaines, ce troisième opus interroge notre besoin insatiable d’être regardés, aimés et désirés. Une méditation lucide sur les illusions sentimentales et les nouveaux visages de la solitude.