Un photographe minable, vaguement fortuné mais radicalement raté, raconte ses amours, ses obsessions sexuelles et ses défaites avec une franchise désarmante.
Il y a d’abord Léna, starlette tatouée qui rêve de Cannes et vend son corps à crédit pour quelques promesses de rôles. Puis viennent Armande, Mariette dans un lit trop occupé, une virilité en déroute et des rires qui tuent plus sûrement qu’une balle. Enfin, il ne reste que les mots : une langue qui mélange encre et sperme, défi lancé aux gardiens de la bienséance.
De la chambre au cimetière, de la baise au néant, La Petite Mort explore ce qui survit quand la volupté retombe : la honte, le manque et ce besoin obstiné d’écrire encore un peu avant que tout ne s’efface.
Roman noir du corps, confession obscène et burlesque métaphysique, La Petite Mort dissèque un homme qui meurt à petit feu en jouissant.
Elle se prénomme Hélène mais se présente comme Léna. Mince, longiligne, plutôt pulpeuse, les lèvres purpurines et les yeux clairs, le nombril toujours à l’air où s’incruste parfois un diamant de plusieurs carats, cette jeune femme séduisante a sacrifié à la mode du tatouage dont elle réserve les effets à ses intimes. Quelques oiseaux rieurs semblent s’échapper de son mont de Vénus. Sur ses poignets, l’observateur attentif discernerait quelques traces de scarification, symptôme d’une adolescence douloureuse, ponctuée de pulsions suicidaires. Elle a longtemps rêvé d’une carrière dans le cinéma, s’imaginant gravir les marches du Palais des Festivals, à Cannes. Elle se voyait franchir une haie d’honneur composée de fans et de photographes, tous flashant sur son académie, quasiment pétrifiés par tant de beauté.
Oui, Léna est charmante, belle, sexy, faite pour inspirer l’amour. Cependant, cette personne n’a que mépris pour l’amour, l’infini à la portée des caniches, mais y voit un possible tremplin vers les spotlights. À quoi bon mettre en conserve une vertu, inutile l’âge venant… Elle en fait donc une monnaie d’échange, une sorte de sésame. Alors s’imagine-t-elle qu’ouvrir les cuisses l’autorisera à pénétrer dans le gotha de la production cinématographique, à enchaîner les premiers rôles pour, au bout du compte, devenir une star à l’aura internationale. Mais n’est pas star qui veut. La concurrence est rude. Le star system est un marché de dupes. Léna offre sa beauté, très réelle, contre des rôles hypothétiques.
24 janvier, par Arevix
La Petite Mort de Leo Carleroy est un texte d’une rare intensité qui conjugue lucidité cruelle et lyrisme désabusé pour sonder les illusions du désir contemporain. Par une prose tour à tour ironique, poétique et provocatrice, l’auteur met en scène la vanité des fantasmes et la comédie des corps avec une acuité presque clinique. Le dispositif autobiographique fictif renforce la puissance critique du récit, entre confession et satire sociale. Carleroy s’inscrit ainsi dans une tradition littéraire transgressive, héritière de Bataille et de Céline, sans jamais sacrifier l’élégance du style. Un texte dérangeant, mais profondément cohérent et maîtrisé.