Les Racines du Silence, un roman d’Abdirahim Djama Hassan qui suit le parcours d’Idris Warsama, un jeune étudiant issu du quartier pauvre de Balbir. Inscrit en droit à l’Université Nationale d’Assarré, Idris découvre rapidement que ses ambitions se heurtent à un système discriminatoire basé sur l’appartenance clanique et l’origine sociale. Malgré son assiduité, il est systématiquement limité par des notes plafonnées et l’hostilité discrète de certains professeurs, symbolisant une frontière invisible entre l’élite et les déshérités. Le récit documente sa prise de conscience face à cette injustice institutionnelle qu’il commence à consigner secrètement dans un carnet. À travers ses interactions avec sa famille et ses amis, le texte explore les thèmes de la persévérance, de l’exclusion sociale et de la quête de dignité par le savoir. L’œuvre semble ainsi retracer une trajectoire allant de l’espoir initial vers l’épreuve de l’exil et une éventuelle reconstruction.
Le vent de Berhane portait toujours cette odeur particulière, mélange de sel marin et de poussière
rouge soulevée par les camions qui remontaient du port. Idris Warsama connaissait cette odeur depuis
l’enfance ; elle s’était installée dans ses vêtements, dans les pages de ses cahiers, dans la peau de ses mains. C’était l’odeur de chez lui, et pourtant, ce matin d’octobre où il franchit pour la première fois le portail
de l’Université Nationale d’Assarré, elle lui parut
soudain étrangère, comme si le vent lui-même avait décidé de ne plus le reconnaître.
Il avait dix-huit ans. Il portait une chemise repassée trois fois par sa mère, un cartable qui avait déjà servi à son frère aîné, et une conviction tenace, presque
enfantine : ici, dans ces bâtiments de béton clair coiffés de tôle brûlante, sa vie allait enfin commencer. On lui avait dit, toute son enfance, que l’école était la seule route qui ne se refermait jamais. Sa mère, Amina,
femme de ménage dans les bureaux du port, le répétait comme une prière du soir : « Étudie, mon fils. Le savoir ne demande pas d’où tu viens. »