Histoires courtes avec un sarcasme délirant. C’est ainsi que l’on a avancé en arrière dans ce pays. Le rire est un antibiotique hérissant. Pour l’avoir gratuitement, une seule adresse : La pharmacie pastorale du Lac Noir du Mont Akfadou-sur-Abime. Qui aurait l’audace d’affirmer qu’une machine à remonter l’imaginaire, connue sous le nom d’ I.A., est incapable de percevoir son propre humour sarcastique ? C’est une intelligence robotisée, assistée par quelques ombres humaines, à savoir, de jeunes esclaves au service de portefeuilles bancaires. Elle me présenta une œuvre particulièrement simple en m’exposant à son hilarité. Je ne cessais de lui présenter, à chaque phase, des scénarios plutôt absurdes, afin d’éviter de suffoquer davantage à cause de ces particules mobiles prenant l’apparence de bipèdes. La machine s’est mise à puiser dans mes neurones afin de plus en plus les surveiller :
Le revenant du Djebel Amour
Le crépuscule achevait de teindre de pourpre les plissements arides du Djebel Amour lorsque Si Brahim ben Hamdan, savant théologien formé aux subtilités de la Charia et héritier d’une antique lignée de moudarressine, gagna le sommet de la colline qui surplombait son village natal. L’air de cet automne de 1888 était chargé d’une fraîcheur incisive, propre aux hautes tables du Sud. Brahim venait d’enterrer, la veille même, son plus jeune frère, le doux Youssef, emporté en quelques heures par une fièvre fulgurante que ni les simples des guérisseurs de la zaouïa, ni les prières répétées n’avaient pu fléchir.
Pourtant, une inquiétude indicible tenaillait l’âme du lettré. Durant la veillée funèbre, au milieu du récitatif monotone des psaumes sacrés et des effluves d’encens de Java, Brahim avait cru surprendre un tremblement imperceptible sous le lin fin du linceul. On l’avait convaincu qu’il n’était le jouet que de sa propre souffrance ; l’inhumation avait eu lieu au matin dans le vieux cimetière ombragé d’oliviers millénaires, là où reposaient les ancêtres.
À l’heure où les ténèbres engloutissaient la vallée, une silhouette décharnée émergea du ravin. Elle avançait d’un pas saccadé, lourd, traînant sur les cailloux un reste de toile souillée d’argile. Brahim se figea, le sang glacé dans ses veines. La lune, se levant au-dessus des crêtes, éclaira le visage du spectre : c’était Youssef. Mais ses yeux, autrefois remplis de candeur, luisaient désormais d’un éclat vitreux et cadavérique, exempt de toute étincelle humaine.
L’apparition s’arrêta à quelques coudées de Brahim. Une odeur de terre humide et de décomposition naissante s’exhalait de son être. Lorsqu’il ouvrit la bouche, ce ne fut point la voix d’un frère qui retentit, mais un ricanement rauque, guttural, évoquant le souffle des esprits malfaisants que les nomades prétendent tapis dans les ruines romaines de la région. Brahim comprit avec horreur que le corps du défunt servait d’enveloppe à un ghoul insatiable. Invoquant le Nom Suprême, le lettré brandit son chapelet de bois de santal et récita le verset du Trône. La créature poussa un hussinement effroyable, se tordit dans des contorsions inhumaines, puis s’effondra sur le sol rocailleux, ne laissant derrière elle qu’une dépouille à nouveau inerte sous les étoiles impassibles.