De 1954 à 1962, la guerre d’Algérie va mobiliser près de 1,5 million de Français du contingent, appelés en moyenne vingt-huit mois et jusqu’à trente mois, je fais partie de ceux-là. Dès le 10 octobre 1954, le Front de libération nationale (FLN) appelle à l’insurrection en Algérie. Les événements ont un caractère le plus souvent dramatique. Nous allons les accompagner tout au long de cette histoire dans un ordre temporel, en tentant de les lier entre eux. La création du FLN déclenche la bataille d’Alger et ses répercussions, y compris la semaine des barricades. Ensuite, un référendum sur l’autodétermination de l’Algérie est proposé par le général de Gaulle et le résultat positif va avoir de grandes conséquences sur les événements. En particulier la création de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) le 11 février 1961 qui est le bras armé clandestin et meurtrier des ultras de l’Algérie française. Néanmoins, les accords d’Évian voient le jour le 18 mars 1962 et c’est le 5 juillet de la même année que l’Algérie obtient son indépendance. Cependant, le calme ne s’installe pas et cinq événements funestes surviennent, précédant l’échec de l’attentat ciblant le général de Gaulle le 2 août 1962.
De 1954 à 1962, environ 1,5 million d’appelés du contingent ont participé à la guerre d’Algérie. Comme j’étais parmi eux, j’avais envie depuis longtemps d’écrire sur ce sujet. Les sources ne manquent pas, mais j’ai décidé de faire un ouvrage de synthèse. Dans ce récit, la première partie jusqu’en 1956 ne se concentre pas sur les détails, tandis que la partie suivante est plus détaillée, elle va jusqu’aux accords d’Évian et aux réactions suscitées par ceux-ci. J’ai tenté de rester fidèle à la réalité et comme toujours, j’ai dû trier les sources. Voici, dans le désordre, certains des termes que vous allez lire dans ce récit : FLN, nuit blanche, barricades, OAS, Charles de Gaulle, sanglant, Massu, massacres, enlèvements, attentats, fusillade, égorgées et Babel Oued. Certains ne sont là qu’une ou deux fois, car ils désignent un lieu ou une personne. D’autres sont cités plusieurs fois, parce qu’ils interviennent tout au long du récit, comme le mot « mort » qui est malheureusement employé plus d’une vingtaine de fois.
La « Toussaint rouge »
Le 23 mars 1954, motivé par la défaite française en Indochine, un petit groupe d’indépendantistes algériens crée le Comité Révolutionnaire d’Union et d’Action (CRUA) dont Ahmed Ben Bella fait partie. Désormais, le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), fondé en 1946 par Messali Hadj est désapprouvé. Le 23 octobre 1954 à Alger le CRUA adopte le nom Front de Libération Nationale (FLN) et fixe au 1er novembre 1954 le début d’une insurrection. C’est précisément ce jour-là, que l’on a surnommé « Toussaint rouge », parfois désignée comme « Toussaint sanglante », que le FLN fait ses débuts en orchestrant une série d’attentats à divers endroits en Algérie, qui sont alors administrés par la France. Une trentaine d’actions plus ou moins désordonnées ont lieu : les récoltes sont incendiées et la gendarmerie est bombardée. On dénombre sept morts, tous des musulmans à l’exception d’un professeur venant de la métropole. C’est Guy Monnerot, un enseignant de Limoges, qui est reconnu comme « Mort pour la France » soixante-six ans après sa mort. Certaines personnes voient dans ce jour un point de départ de la guerre d’Algérie (1954-1962), et il est instauré en tant que fête nationale en Algérie.