Derrière l’objectif, le monde change de visage. Entre réalité brute et fiction sublimée, le LANGAGE DE L’OBJECTIF nous plonge dans l’intimité d’une vie passée à cadrer l’invisible.
Iyad Hamad ne nous offre pas des clichés, il nous confie le battement de son propre cœur. à travers son regard, l’objectif devient une plume qui écrit sur la peau de l’Histoire, traduisant le silence des oliviers, la dignité des ombres et l’éclat fragile des vies que l’on tente d’anéantir. Ce récit est une traversée mystique où chaque image est une prière pour ne pas oublier
Je me suis lancé dans ce métier avec la ferveur d’un amateur, mais c’est au cœur même de cette passion que j’ai rencontré la souffrance. Bien souvent, mon cœur a pleuré avant mes yeux. Chaque battement marquait début de mon engagement, et tout mon être a tremblé devant l’horreur de ce que j’ai vu au commencement de l’Intifada d’Al-Aqsa. Je me suis tenu là, soupirant et en pleurs. C’était au début des affrontements dans la province de Bethléem, lors des incursions qui ont frappé la province et le reste du pays. C’étaient des jours difficiles et pesants pour l’âme, alors que nos cœurs étaient emplis d’un désir de paix que nous attendions depuis des années chargées de douleur et de larmes.
Il y a eu un bombardement violent sur la belle et paisible ville de Beit Jala. C’est au cours de cette violente agression que le docteur allemand Fischer (Harald Fischer) est tombé en martyr. J’ai réussi à le filmer dans une scène terrifiante qui fait frémir l’âme, où le corps du martyr était en lambeaux. C’était un acte de bravoure de ma part de filmer cet incident ; pour la première fois, je voyais une scène aussi atroce où l’humanité est bafouée, un homme déchiqueté par un obus. J’ai rassemblé mes forces et récupéré les documents du docteur martyr, comme son passeport, pour l’identifier, puis je l’ai transporté à l’hôpital public pour achever les procédures de constatation du corps et de l’enterrement.
J’ai pu transmettre cela au monde sourd, aveugle et silencieux face aux crimes atroces de l’occupation, montrant ainsi la cruauté et l’injustice d’une occupation sans pitié. Parallèlement, d’autres camps de la province ont été attaqués, comme les camps d’Aïda et d’Al-Azza (Beit Jibrin). L’objectif des soldats était de pénétrer dans les maisons en perçant des trous dans les murs pour passer d’un bâtiment à l’autre, par crainte d’être exposés aux tirs des jeunes dans les rues des trois camps. Je n’oublie pas non plus Beit Jala et Al-Doha, et les blessés et martyrs tombés dans toutes les zones de la province.
Une expérience où la joie se mêle à la tristesse. Le journaliste est entré dans le domaine de la presse sans crier gare ; ses émotions ont oscillé entre les larmes et les sourires. Avec sa caméra, il a capturé des événements qui ont pénétré chaque foyer palestinien et arabe, et à travers telle image ou telle vidéo, il est entré dans les cœurs comme il est entré dans les maisons.
Iyad Hamad est ce journaliste audacieux, qui a vécu des expériences que peu d’autres ont osé affronter avec autant de bravoure et d’avant-gardisme. Il a bu à la coupe de cette profession et en a profité autant qu’il le pouvait, jusqu’à y trouver de la délectation.
Dans ses expériences, on trouve de la souffrance, de l’anxiété, de la peur, de la sincérité et la documentation de chaque événement. Ses reportages venaient du cœur de l’action ; ils n’étaient pas simplement rapportés, ils étaient pionniers, uniques, distinctifs et créatifs, surpassant de loin nombre de ses collègues ayant étudié le journalisme ou l’ayant pratiqué pendant des années.
Il a rejeté la peur au loin pour plonger dans la quête de l’image exceptionnelle, celle qui porte en elle tant de significations que les mots, bien souvent, peinent à décrire. Il a développé un appétit féroce pour la collecte et la capture de l’information, une qualité positive qui contribue à mettre en lumière l’immense souffrance et les tourments de ce peuple blessé par l’occupation et ses tourments quotidiens : meurtres, démolitions, déplacements, persécutions et emprisonnements.
À travers cette autobiographie, il souhaite laisser une empreinte pour les générations futures, en y exposant sa modeste expérience personnelle. Le lecteur y trouvera une grande utilité et découvrira le courage dont un journaliste doit faire preuve pour être en première ligne. Il remet entre les mains du lecteur et des passionnés de ces expériences une information réaliste et véridique, sans falsification, calomnie ni prétention, en priant le Dieu Tout-Puissant que cet ouvrage suscite votre admiration.
Il a obtenu le surnom d’Al-Khal (Oncle), sous lequel il a été connu à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine par les journalistes. Le mérite de ce surnom revient à la Fondation Ibdaa - Dheisheh, qui le lui a attribué en signe de respect, et parce que le proverbe populaire dit : « L’oncle maternel est un père ».
C’est une expérience riche où se sont accumulées expertises, informations et photographies, tiraillée par les peurs et les troubles entre l’Égypte et la Libye, mais dont les plus profondes furent à Gaza et en Libye. Ce qui l’a mené vers cette profession, ce sont les événements survenus en Palestine lors de la Nakba puis de la Naksa, et la faiblesse ou l’absence des médias à cette époque, ce qui l’a privé, en tant que réfugié, de sa maison, de sa terre et de ses rêves, le remplissant de chagrin, de tristesse et d’un sentiment de mort lente.
Tout cela découle des événements qu’il a vus et vécus, des événements qui vous déchirent de l’intérieur en tant qu’être humain et vous consument comme le feu, instant après instant, les plus douloureux d’entre eux étant les événements tragiques de Gaza. De minuscules particules vivent en lui, mais elles pèsent comme des montagnes sur ses pores internes, ses poumons et ses émotions. La caméra est devenue une partie de son être ; il la ressent et elle le ressent, battant entre ses mains comme le cœur bat dans ses entrailles.
Ahmed Ali Al-Saifi