Parti de Belgentier une quinzaine d’années auparavant afin de fuir une situation embarrassante, Julien revient au pays pour assister aux obsèques de son ami d’enfance : Pierre… Cependant la vie réserve parfois des surprises, et derrière cette mort se cache une nouvelle vie, là où tout s’est arrêté…
Les bras croisés, marchant les yeux perdus dans la nuit étoilée, j’écoutais le bruit de mes pas qui crissaient dans le gravier de l’allée. Une fois de plus, j’avais ressenti le besoin de sortir embrasser ma solitude. Bien que j’aimais beaucoup mes amis, leurs discussions enfumées habituelles d’après-dîner – où chacun s’efforçait d’affirmer son point de vue à grand renfort de gestes et décibels – m’avaient une fois de plus irrité. Je savais bien que, comme toujours dans ces cas-là, il n’y aurait point de vainqueur ; les arguments avancés étant tout aussi valables d’un côté que de l’autre. « Pourquoi dépenser autant de temps et d’énergie en joutes inutiles ? » pensai-je. Pour ma part, depuis longtemps j’avais jeté l’éponge ; plus assez d’ego pour cela.
Lorsque j’avais poussé la porte-fenêtre donnant sur le parc, Pierre avait demandé à Anne : « Il est malade, Juju ? » J’avais souri…
Au fur et à mesure que je m’éloignais du pavillon, le calme se faisait en moi. J’aimais le parc à cette heure-là. L’air était frais et le chant des chouettes hulottes le peuplait d’une ambiance à nulle autre pareille.
J’avais presque atteint le vieux saule pleureur près du Gapeau1 , lorsque j’entendis derrière moi des pas rapides ainsi qu’une respiration haletante ; me retournant vivement, je devinai, malgré la nuit, une silhouette féminine.
— Julien ! Attendez-moi !
— C’est vous, Isabelle ? Dis-je, la reconnaissant à peine.