Deux fillettes de CM2 ont pour seul objectif et amusement de prendre un de leur camarade, un nommé gaspard, pour cible de leur harcèlement.
Une petite forme brune à peine ébauchée, une silhouette fugitive, insaisissable, qui sautillait par les rues du village endormi. Ici et là un réverbère éclairait chichement un bout de trottoir et l’on remarquait que la petite boule brune évitait soigneusement les éclaboussures de lumière en frôlant au plus près les façades des maisons.
On aurait pu penser que c’était un petit ourson à la recherche de sa mère ou de nourriture délicieuse dégorgeant des poubelles... mais non ! Elle se déplaçait sur deux petites jambes maigrelettes, nues malgré le froid piquant de février et dont la blancheur contrastait avec la longue pèlerine qui descendait sous les genoux. C’était bien un enfant qui courait par les rues glacées passé 22 heures.
Un passant survint au bout de la rue, les clefs de sa voiture à la main et pressé de parcourir les 100 mètres qui le séparait de son appartement bien chauffé. En le voyant l’enfant se plaqua contre le mur en remontant son écharpe sur le nez et en abaissant son capuchon sur le front. Arrivé à sa hauteur, l’homme remarqua au dernier moment cette petite masse brune qui faisait corps avec le mur. Le regard de l’homme d’abord indifférent puis vaguement surpris croisa celui de l’enfant, doré par un éclair de lune, mais qui ne se détourna pas. L’homme hâta le pas en regardant vers le trottoir opposé.
L’enfant se détacha du mur et continua son chemin de son pas sautillant qui effleurait à peine le sol. On pouvait voir ses épaules et son dos qui agitaient la pèlerine comme s’il pleurait. Mais non ! Il riait bel et bien parce que l’homme n’avait pas osé s’arrêter pour lui demander s’il était perdu, s’il avait besoin d’aide ou ce qu’il faisait dehors à une heure aussi tardive. Il riait parce qu’il s’était senti aussi fort qu’un adulte.
Sa joie et sa fierté l’avaient détourné des précautions et de la prudence qu’il avait montrées jusqu’à maintenant. Aussi il n’eut pas le temps de remonter son écharpe et d’abaisser son capuchon lorsqu’à un croisement de rue il évita de justesse un passant qui promenait son chien. L’homme s’excusa puis regarda plus attentivement la petite forme brune qu’il avait failli bousculer : ’’Mais petite fille, que fais-tu dehors’’ ?La fillette ne répondit pas et se contenta de fixer son regard doré par la lune dans les yeux du passant. ’’Où habites-tu ? Veux-tu que je te ramène chez toi’’ ? Il n’obtint aucune réponse, le regard le fixait toujours sans ciller, le visage n’exprimait aucune émotion, aucune crainte, aucune demande, aucune attente. L’homme interloqué haussa les épaules et s’éloigna lentement. Après quelques pas il se retourna et croisa à nouveau le regard doré de la fillette qui le fixait encore. Il tira sur la laisse du chien et se dépêcha de rentrer chez lui en grommelant : ’’Une petite romanichelle ! Peut être est-elle en repérage d’un cambriolage pour les hommes de son clan’’.