A QUAND LA LUMIERE ?
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Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur (CPI, art. L.111-1)...
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Ce livre est né d’une urgence. Celle de ne pas laisser mes blessures muettes. Celle de dire, enfin, ce que traversent celles qui, comme moi, se lèvent chaque jour pour se battre alors que tout les pousse à rester à terre.
PREMIÈRE PARTIE : LES RACINES
Chapitre 1 : Diourbel, ma ville aimée et blessante
Je suis née à Diourbel. J’y ai grandi.
Quand on vient de Diourbel, on le porte comme un étendard. On est Diourbellois d’abord, avant d’être Sénégalais. La ville a cette force-là : elle vous imprime sa marque, son caractère, sa fierté. On dit souvent que les Diourbellois sont durs, têtus, qu’ils ont la tête dure. Peut-être. Mais ce que j’ai appris, moi, c’est que Diourbel est une ville en expansion, et à la fois remplie de méchanceté. Une ville où l’on peut tout donner et tout perdre, souvent par les mêmes mains.
J’ai tout donné à cette ville. J’y ai aidé des gens qui m’ont trahie par la suite. J’y ai accompagné des projets qui m’ont abandonnée quand ils ont pris leur envol. J’y ai soutenu des causes de personnes qui m’ont ignorée à la fin. J’ai tendu la main, j’ai ouvert mon cœur, j’ai cru en ceux qui venaient me chercher. Et souvent, trop souvent, je me suis retrouvée seule, les mains vides, après avoir tout donné.
Mais Diourbel, c’est aussi la reconnaissance, l’amour et le respect de beaucoup de personnes. Des visages que je croise dans les rues et qui me sourient. Des noms que je porte dans mon cœur et qui ne m’ont jamais trahie. Des mains qui se sont tendues vers moi quand j’étais à terre. Parce que oui, à Diourbel, on peut aussi recevoir. On peut être aimée. On peut être respectée. Cette ville est tout cela à la fois : la générosité et l’ingratitude, la lumière et l’ombre, la douceur et la dureté.
Je l’aime malgré tout. Je suis fière d’être Diourbelloise. Parce que c’est ici que je me suis forgée. C’est ici que j’ai appris à être une lionne. C’est ici que j’ai connu mes premières joies et mes premières larmes. C’est ici que ma mère m’a appris ce que signifie tenir debout. C’est ici que mon père, dans ses moments de lucidité, m’a ouvert les portes de la connaissance. C’est ici que mon frère, l’ange incompris, a fait ses premiers pas avant que la méchanceté des hommes ne vienne voler sa jeunesse.
Diourbel m’a fait pleurer. Elle m’a fait crier. Elle m’a mise à genoux. Mais je lui dois tout. Parce que c’est dans cette ville que j’ai appris une vérité essentielle : on ne fuit pas ses racines. On les porte. On les assume. On les aime, même quand elles blessent.
Aujourd’hui encore, quand je traverse Diourbel, je reconnais chaque rue, chaque odeur, chaque bruit. Le soleil de l’après-midi sur les murs ocres. Les voix des enfants qui jouent. L’appel du muezzin qui résonne. Les regards des femmes sur le pas des portes. Tout cela est moi. Tout cela m’a faite.
Je m’appelle Ndeye Khar Faye. Sénégalaise. Mère de trois enfants. Chef d’entreprise. Fille unique. Femme enracinée, religieuse, connue dans ma ville, Diourbel, celle qui m’a tout donné et m’a tant fait pleurer.
J’ai connu la gloire et la chute. J’ai été Miss Diourbel en 1997, mannequin, top modèle, visage de magazines. J’ai été l’épouse d’un homme puissant et riche, un chef religieux. J’ai fréquenté les hautes sphères, dirigé des associations, des mouvements, marché dans les arènes de la politique. J’ai fait des centaines d’émissions à la télévision, sur les plus grandes chaînes, avant de créer la mienne.
J’ai connu la richesse et la pauvreté. Le succès et la faillite. L’amour et le regret. La victoire et la défaite. La santé et la maladie.
J’ai connu la trahison comme d’autres connaissent l’amour. Elle m’a accompagnée toute ma vie, des projets que j’ai portés aux mains qui m’ont abandonnée, des mariages qui m’ont brisée aux amitiés qui se sont révélées des masques.
J’ai connu les faillites, plusieurs fois. J’ai connu la dépression, le stress, l’épuisement de celle qui donne sans jamais recevoir. J’ai connu l’humiliation, l’abandon, et cette fatigue profonde qui vous saisit quand vous réalisez que vous portez seule un monde qui devrait être à deux.
Depuis 2010, je porte une autre bataille. Une maladie que je ne cache plus. Elle est née de l’instabilité professionnelle, du déséquilibre de ma vie. Mais elle m’a aussi offert un cadeau cruel et précieux : elle m’a permis de reconnaître les vrais des faux.
Mais j’ai aussi connu la renaissance.
Car je suis une lionne. Une lionne qui rebondit toujours de ses chutes, qui renaît toujours de ses cendres. Une lionne qui a appris à faire de la trahison une religion, non pas pour haïr, mais pour avancer. Une lionne dont la foi en Dieu, acquise toute petite, s’est nourrie des épreuves et ne vacille pas.
J’écris ce livre parce que ma vision dépasse les frontières. J’écris parce que je veux faire partie de l’histoire de ceux qui écrivent Diourbel, le Sénégal, le monde. J’écris parce que la lumière a commencé à scintiller, et que je sais, au fond de moi, qu’elle va prendre entièrement place dans ma vie.
Ce livre est mon témoignage. Il est aussi ma lettre à celles et ceux qui, comme moi, attendent la lumière. Je leur dis : ne lâchez rien. La lionne que vous portez en vous est plus forte que tout ce qui cherche à vous abattre.
Et la lumière viendra.
À quand la lumière ? Bientôt, je le sais. Bientôt.
Ndeye Khar Faye
Diourbel, 2026
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