Chronique d’un conscrit : J30-J31
Cet épilogue brutal et poignant clôt la trilogie Service Militaire Obligatoire.
À travers les yeux d’un conscrit, nous vivons la soirée du J30 et la journée du J31 — ces heures où chaque contact est une étincelle, chaque regard une promesse, chaque absence une blessure.
Sous les douches glacées, dans l’effort, les corps se frôlent, se heurtent, trahissent des désirs interdits. La peur de Moreau se mêle à des attirances secrètes, la solidarité se transforme en caresses silencieuses, et la fraternité, en une tension plus intime que la discipline n’autorise pas.
L’épilogue d’une trilogie qui vous marquera.
Le dénouement d’une histoire qui ne vous lâchera plus.
Ils ne savent pas encore que certains ne reviendront pas.
Ils ne savent pas encore que d’autres deviendront des héros.
Ils ne savent pas encore que, dans cette chambrée, des garçons deviennent bien plus que des frères.
Mais ils le sentent.
Ils le sentent dans chaque souffle, chaque regard, chaque main posée sur un matelas vide.
J30 - 19h30
On est tous là, en slip, au garde-à-vous.
Nous, les vingt-quatre mecs de la 604-606. Alignés. Figés. Comme tous les soirs.
Moreau nous fait poireauter, juste pour le plaisir.
On est crevés. On veut juste dormir. Mais non. On doit attendre.
Le silence dure.
Soudain, un soldat entre dans la chambrée et lui chuchote un truc à l’oreille.
Moreau fronce les sourcils, rougit, puis devient blanc comme un mur.
Il fixe Charles. Droit dans les yeux.
Charles ne bouge pas. Il sait.
Il sait pourquoi Moreau est en rage.
Charles, c’est le fils à papa. Son père a essayé de le faire exempter de service militaire avec des billets.
Résultat : sa combine a foiré et il s’est pris quatre ans de service au lieu de deux. Quatre putains d’années.
Je ne voudrais pas être à sa place. Deux, c’est déjà l’enfer.
Moreau lâche d’un ton sec :
— Charles, aux arrêts.
Le soldat s’avance. Charles baisse à peine les yeux. Pas un mot. Le mec l’attrape par le bras. Il se laisse faire, torse nu, en slip, le visage fermé.
On entend juste ses pas sur le carrelage.
Puis la porte claque.
Silence.
Le sergent nous balance un « Autorisation de vous coucher. » sec, puis il éteint la lumière.
Il s’en va.
La porte claque.