Ce livre raconte mon enfance au Cameroun, entre 1950 et 1970. J’ai grandi à Nkolmewouth, un village de l’arrondissement de Mbankomo, à l’époque où notre pays passait de la colonisation à l’indépendance. J’ai vu cette transformation à hauteur d’enfant : dans la cour de l’école, à la messe du dimanche, dans la case de ma grand-mère. Ce que je raconte ici, je l’ai vécu.
Les noms sont vrais. Les lieux existent. Les chants que je cite, je les ai entendus de mes propres oreilles. Si certains détails ont pu se déformer dans ma mémoire, l’essentiel demeure : la vérité d’un petit écolier qui a vu son monde changer. Ottou Ekani André
Les brumes blanches des matinées d’harmattan montaient des vallées de Nkolmewouth. Elles se levaient lentement au-dessus de la forêt d’Akok Bignet, glissaient sur les prairies de la rivière Lomgo et venaient lécher les crêtes des monts Mebatsogo. Quand j’étais enfant, je les regardais depuis la cour de notre concession, pieds nus sur la terre rouge, et je croyais que le monde entier ressemblait à cela. Nkolmewouth était un village carrefour, au croisement de la nationale numéro un et de la départementale Ebeba-Nlong.
De vieilles routes carrossables, crevassées par les pluies d’octobre, où les ornières dessinaient des marmites de géants que nul entrepreneur n’arrivait à combler. De belles bâtisses en tôle ondulée aux murs en parpaings avaient remplacé les vieilles cases en nattes de la colonisation. Des bougainvilliers et des marguerites poussaient le long des routes et au bord des rivières. Le village ressemblait, disait ma grand-mère, à un autel à la Fête-Dieu.
La fumée sortait des toits des cuisines le matin. On entendait la voix forte des catéchistes lisant l’Évangile à la chapelle et la récitation langoureuse des Ave par les fidèles. Les chants des travailleurs dans les champs se mêlaient à ceux des rossignols et des bergeronnettes. Les papillons changeaient de couleur à chaque saison de pluie.
Mon père, Hubert, était scieur de long. Un planteur aussi, aux mains calleuses, qui nous a élevés, mes sept frères et moi, à force de travail dans les champs et de chasse dans la forêt. Il s’était taillé un vaste domaine dans la forêt d’Akok Bignet en abattant des arbres dont la circonférence atteignait cinq mètres et dont le faîte se perdait dans les nuages. Malgré les corvées de l’indigénat auxquelles l’administration française l’astreignait, il avait réussi à planter deux cacaoyères et à les entretenir.
Ce livre raconte mon enfance au Cameroun, entre 1950 et 1970. J’ai grandi à Nkolmewouth, un village de l’arrondissement de Mbankomo, à l’époque où notre pays passait de la colonisation à l’indépendance. J’ai vu cette transformation à hauteur d’enfant : dans la cour de l’école, à la messe du dimanche, dans la case de ma grand-mère. Ce que je raconte ici, je l’ai vécu.
Les noms sont vrais. Les lieux existent. Les chants que je cite, je les ai entendus de mes propres oreilles. Si certains détails ont pu se déformer dans ma mémoire, l’essentiel demeure : la vérité d’un petit écolier qui a vu son monde changer. Ottou Ekani André