Deux destins que tout sépare, une même quête d’espoir.
Dans son petit atelier sous les toits, on voyait par la fenêtre le ciel gris de Blois s’obscurcir.
Emile signa d’un rapide coup de pinceau de ses initiales, l’aquarelle qu’il venait de terminer : « E.V. »
Cette fois encore, cette image aux couleurs sucrées et au décor bucolique ne trouverait sans doute pas son public, elle serait jugée mièvre et à l’eau de rose.
Le style du peintre était trop académique, à contre-courant pour cette époque, car si éloigné de l’art contemporain.
Mais Emile se disait que le charme délicat de sa peinture pouvait être apprécié, ses représentations étaient si fraîches, si agréables à regarder, qu’elles ne pouvaient pas laisser éternellement tout le monde indifférent.
Quand un artiste vous ouvre son univers, c’est pour que quelqu’un puisse un jour en ressentir une émotion, comme une révélation…
Cet être particulièrement réceptif viendra un jour, même s’il est le seul, une connivence va naître avec le créateur, comme par magie leurs deux univers se mêleront le temps d’un instant.
C’est en tout cas ce que pensait Emile et c’est pour ça qu’il peignait.
Il devait continuer à y croire, laisser libre cours à ses aspirations, même si les déceptions sont parfois cruelles. Garder l’espoir et avoir confiance en son talent. L’espoir comme une lueur, un souhait guidé par le plaisir, par conviction.