Second volet de ma trilogie uchronique.
La voix tremblante de Joseph Saunier trahissait une émotion réelle et sincère, semblable à celle d’un père qui retrouve son enfant, après de si longues années passées très loin des siens.
Le lourd fardeau de nonante et une années sur cette terre alourdissait ses épaules autrefois si robustes, d’une chape d’acier invisible. La voix de stentor qui faisait frémir les foules chevrotait, désormais.
Mais son regard demeurait, vif et perçant, et ses yeux infatigables continuaient à scruter inlassablement chaque interlocuteur, jusqu’aux tréfonds des pensées les plus secrètes et les moins inavouables. Le vieux maître possédait le don de vous déshabiller d’un simple coup d’œil, et ceci plus sûrement que nul autre, aussi jeune fût-il.