Porté par la nostalgie des souvenirs et la fièvre des projections, le narrateur rentre chez lui, seul, avec pour seul bagage ce prénom improbable - Alligator.
Une promesse qui tient peut-être plus du mirage que de la réalité, mais qui, le temps d’une nuit, aura suffi à faire trembler toutes ses certitudes.
Un carton a été déposé devant ma porte. Je ne sais depuis combien de temps, ni comment il est arrivé. Circonspect, un pas en arrière. J’inspecte les alentours : aucun indice.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » me suis-je demandé. Tenté de l’ouvrir, une voix me souffle : « Arrête-toi ». Cela pourrait une bombe, un serpent, de la drogue ?
Je le pousse d’un pied, alors. Il bascule sur le côté avec un bruit mat. Le couvercle s’entrouvre, le bout d’une carte d’invitation glisse hors du carton. La carte est épaisse, en papier vergé, ornée d’un liseré doré.
Je me penche, prêt à déguerpir au moindre déclic. Je déchiffre l’encre noire, une écriture manuscrite assez familière :
« Mariage religieux. Ce soir. 20h. Grand Hôtel. Salon Okapi. Ta dulcinée, Léone. » Je souris. Un peu, beaucoup. À genoux, je fouille le carton. Il y a une paire de chaussettes blanches brodées à mon nom, une photo de moi et Léone, tout petits, les mains emmêlées, des vêtements couverts de boue. Je souris. Mais cette fois-ci, d’un sourire plus tendre, alors que les larmes menacent de submerger mon regard. Je me relève, transporte le carton avec une douceur rituelle.