Fin des années 70.
Face à des recruteurs déroutés par son impertinence et sa nonchalance, Norbert se retrouve soudain replongé dans un drame d’enfance...
Mais entre la banalité du quotidien et la force du hasard, il suffit parfois d’un détail pour que tout bascule.
Le moteur de l’ Ami 6 gueulait un peu...
Norbert, pied au plancher, avait atteint sa vitesse de croisière, à fond de quatrième, le bolide était lancé, rebondissait souplement à chaque cahot sur la longue ligne droite Challans / La Roche-sur-Yon, 110 km/h au compteur, on ne pouvait pas faire mieux.
Pas question de freiner, il aurait fallu plusieurs minutes pour récupérer l’élan perdu.
Une cinquième vitesse eut été bienvenue, mais les concepteurs de chez Citroën n’avaient pas envisagé un tel luxe pour un moteur de trois chevaux fiscaux.
Norbert aimait bien sa vieille voiture, elle lui avait coûté 800 Francs (le prix des pneus), il l’avait personnalisée en dessinant avec minutie et au marqueur, sur toute la surface du capot avant, le chameau du paquet de cigarettes Camel.
Sur la banquette arrière, une grosse enceinte de chaîne hi-fi était reliée à un magnétophone à cassette.
Le groupe « Téléphone » et sa chanson « la bombe humaine », couvrait le bruit du moteur.
« …
La bombe humaine tu la tiens dans ta main
Tu as l’détonateur juste à côté du cœur
... »
Le curseur de volume était réglé au maximum.
« ...
La bombe humaine c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin
C’est la fin, mhm la fin, la fin
… »
Norbert, les deux mains sur le volant, suivait le rythme des basses saturées, en balançant machinalement la tête d’avant en arrière.
Le journal Ouest-France était jeté négligemment au pied du siège passager, on pouvait lire en première page un grand titre sur l’avortement légalisé en France, la loi Veil était définitivement adoptée.
Norbert pensait que c’était une bonne chose et que ça ferait sans doute quelques enfants « mal nés » en moins.