Paris, un présent gris et indifférent. Antoine Durand, journaliste désabusé, erre dans les rames de métro, rongé par l’échec et les dettes. Un soir, dans la rame bondée de Ménilmontant, une vision le frappe : une petite fille, seule, vêtue d’un manteau bleu d’une autre époque. Leurs regards se croisent un instant, puis elle disparaît sans laisser de trace.
Hanté, Antoine se lance sur ses pas. Sa quête le mène à un sans-abri aux yeux familiers, détenteur d’une clé ancienne, et jusqu’au cœur d’un secret familial étouffé depuis trois générations. Car en 1936, Élodie de Saint-Gilles, neuf ans, a disparu sans laisser de trace, vêtue de ce même manteau bleu.
Alors qu’Antoine déterre peu à peu la vérité, les murs du silence se fissurent. Entre un passé rongé par la culpabilité et un présent menaçant, il découvre que certains héritages sont plus lourds que l’or, et que les fantômes du passé ne demandent qu’à être entendus. Jusqu’où iront les héritiers des Saint-Gilles pour protéger un nom bâti sur un crime ?
Plongée vertigineuse dans les méandres de la mémoire et les bas-fonds de Paris, « La Petite Fille en Bleu de Ménilmontant » est un roman-enquête haletant, où le surnaturel côtoie la plus crue des réalités, et où le passé refuse de rester enterré.
Ghislain Tsafack Bougo signe un récit haletant où le passé ressurgit pour exiger la vérité, explorant la mémoire et la rédemption à travers l’enquête obstinée d’un homme sur les traces d’un crime familial enfoui.
C’était toujours la même rame, à la même heure, un vieux modèle qui grinçait et sentait le frein chaud et la poussière humide. Antoine Durand, la trentaine usée par les délais et les déceptions, se laissait bercer par ce tangage familier. Après trois ans à écrire pour de petits magazines qui ne payaient pas ses dettes, il avait l’impression que le métro était devenu sa véritable demeure, un entre-deux bruyant où ses rêves d’écrivain venaient s’échouer.
Ce mardi-là, pluvieux et gris, rien ne laissait présager l’extraordinaire. La rame était bondée, un corps collectif et morne. C’est en se détournant de la vitre noire où se reflétait son propre visage fatigué que son regard fut happé par une tache de couleur. Assise seule sur un siège banquette, une petite fille. Elle était vêtue d’un manteau de laine bleu marine, d’une coupe désuète, avec un col Claudine et des boutons de nacre qui semblaient trop grands pour elle. Ses cheveux châtains étaient coiffés en deux nattes sévères. Elle tenait ses mains gantées de fil sur les genoux, et son regard, d’un bleu pâle et intense, fixait le vide devant elle sans voir la foule. Elle était parfaitement immobile, comme une photographie insérée dans le film en mouvement de la rame.