Thème : Littérature

La quatrième de couverture

Dans le fracas des applaudissements et le silence des coulisses, une femme règne sur les cœurs : Amina Fakhet.

Tunis, 1982. Le monde d’une jeune fille bascule avec la perte brutale de son père. Pour combler ce vide immense, Amina n’a qu’une seule issue : le chant. Mais pas n’importe quel chant. Une voix puissante, sauvage, capable de faire entrer des milliers de spectateurs en transe, brisant les codes rigides des institutions musicales.

De l’exil solitaire dans les rues de Paris aux paillettes trompeuses du Caire, Amina refuse de se laisser formater. Elle est une rebelle, une insoumise, une artiste qui ne vit que pour cette fusion mystique avec son public. Pourtant, derrière la « Diva » que tout le monde croit connaître, se cache une femme déchirée entre son désir viscéral de liberté et son amour indéfectible pour sa fille, Molka.

Du Théâtre de Carthage à la révolution électronique de 2024, ce roman retrace le destin hors norme d’une icône tunisienne. C’est l’histoire d’une femme qui a appris à transformer sa douleur en une musique éternelle, et qui, au sommet de sa gloire, a su passer le témoin pour devenir, plus que jamais, une légende en mouvement.

Entre réalité et fiction, plongez dans l’âme d’une artiste qui n’a jamais cherché à plaire, mais à vivre.

La première page

La mémoire a le goût de la terre battue après l’averse. Quand je repense au Bardo de mon enfance, au quartier de Khaznadar, ce ne sont pas des images nettes qui me reviennent, mais des sensations brutes, presque géologiques. Des murs blanchis à la chaux qui s’écaillent sous le soleil féroce de Tunis, le bourdonnement des mouches à l’heure de la sieste, et cette rumeur lointaine des moteurs qui s’étirent sur l’avenue.
Nous étions des gens simples. Mon père, un homme droit, silencieux, le front marqué par la régularité des jours, passait ses vélos et ses carnets au service de la STEG. Il était l’homme de l’électricité et du gaz, celui qui mesurait l’énergie des autres sans jamais faire de bruit avec la sienne. Dans notre maison modeste, le luxe n’avait pas de place, mais il y avait la radio. Une vieille boîte en bois vernis dont le cadran s’allumait d’une lueur orange dès la fin de l’après-midi, diffusant les voix venues du Caire ou de Beyrouth.
Pour les autres enfants, la musique était un fond sonore, un meuble de la pièce. Pour moi, c’était une effraction.
Je me souviens de m’être cachée plus d’une fois sous la grande table basse, les yeux fixés sur les pieds en bois, pour écouter Oum Kalthoum ou Warda. Je n’écoutais pas seulement les notes ; j’absorbais la structure de leur souffle. Je sentais, avec l’instinct animal d’une enfant de dix ans, que ces femmes sur les ondes ne chantaient pas pour faire joli. Elles boxaient avec le temps. Elles étiraient une syllabe pendant des minutes entières, suspendant le cœur de millions d’auditeurs à un fil de soie, avant de le relâcher dans un accord de luth.
« Amina, arrête de rêver et viens aider ta mère ! »
La voix du quotidien brisait le sortilège. Je sortais de ma cachette, les genoux poussiéreux, mais le rythme était déjà logé en moi, comme un parasite magnifique. À l’école, mes cahiers se remplissaient de paroles raturées plutôt que de leçons de calcul. Je découvrais que ma propre gorge recelait un trésor étrange : une voix trop grave, trop lourde pour mon âge, qui effrayait mes camarades lorsque je me mettais à fredonner dans la cour. Je n’avais pas la voix cristalline des petites filles de chœur. Mon timbre avait déjà la rugosité de la rue, une faille secrète qui attendait son heure.

Biographie de ZIED SMAT

Nom : SMAT Prénom : ZIED Statut : Chercheur Diplôme : Doctorat en littérature française Etudes et centres d’intérêt : Le style de Marcel Proust Les techniques de l’intertextualité L’intelligence émotionnelle : théories et pratiques scientifiques et pédagogiques

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