Robert prend le TGV pour Paris, comme un autre jour.
Il laisse vagabonder ses pensées entre souvenirs, regrets et rêves d’écriture.
Mais au fil du voyage, quelque chose déraille. Une année semble avoir disparu. Des visages lui deviennent familiers. Et un livre qu’il ne se souvient pas d’avoir écrit...
Et si l’imposteur, c’était lui ?
Le paysage d’automne poitevin défile, à travers la vitre sale d’un wagon TGV, en direction de la capitale… Dans ce matin gris, plat et monotone comme mon humeur du moment, je laisse vagabonder mon imagination à des détails futiles et sans grand intérêt, comme peut l’être le but de mon voyage, un séminaire sur les besoins de l’encadrement dans l’industrie, tout un programme !
J’appréhende déjà cette journée de réunion, enfermé dans un amphithéâtre surchauffé, sous un éclairage artificiel agressif, pour écouter tous ces brillants orateurs, qui exposeront par des monologues interminables leurs grandes théories et perspectives d’avenir, avec une conviction et une motivation visiblement artificielles… A cela suivront les questions de ceux qui voudront se faire remarquer, plus préoccupés par la forme de leur question, et par l’intérêt que l’assistance pourra leur porter, que par la réponse qu’ils feront semblant d’approuver.
Le seul point d’intérêt remarquable et plaisant en cet instant ne peut être que la poitrine généreuse et élégamment mise en valeur de ma jeune voisine de siège ; j’y plonge un instant un regard discret, pendant que celle-ci est elle-même plongée dans un profond sommeil, la tête tombant sur son épaule et la bouche à peine entrouverte.
Le bruit strident et soudain, provoqué par le croisement d’un train arrivant en sens inverse, la fait sursauter, et elle sort quelques secondes de son sommeil, les yeux hagards, le temps que nos regards se croisent et qu’un léger sourire se dessine sur ses lèvres, pour replonger de plus belle dans cette perte de conscience naturelle.