Cinq années se sont écoulées depuis la disparition de Stévan Beck. Pourtant, lorsqu’il réapparaît, il n’a pas vieilli d’un jour. À son doigt, un anneau impossible à retirer abrite une intelligence dont il ignore encore la véritable nature.
Avec Soan et Louane, Stévan se retrouve entraîné dans une quête qui dépasse bientôt les frontières de la Terre. Mars, Pluton, Shomerah… chaque découverte révèle les traces d’une histoire ancienne que l’humanité n’aurait jamais dû oublier.
Mais l’Anneau ne s’est pas réveillé par hasard. Quelque chose approche. Quelque chose qui connaît déjà Stévan.
Une aventure de science-fiction où exploration, mystère et liens familiaux se mêlent à un héritage capable de bouleverser le destin de l’humanité.
Le gave avait la couleur du ciel.
Ce matin-là, les nuages glissaient si bas sur les montagnes qu’ils semblaient accrochés aux sapins. L’eau descendait des hauteurs avec la fonte des dernières neiges, claire près des berges, blanche lorsqu’elle se brisait contre les blocs de granite.
Stévan avait huit ans.
Il pêchait avec son père dans un coude plus calme du torrent, à quelques kilomètres de Cauterets. Son bouchon rouge dansait entre deux remous. Il ne tenait pas en place. Chaque insecte posé sur l’eau, chaque pierre brillante et chaque mouvement sous les racines lui paraissait plus intéressant que le silence nécessaire à la pêche.
— Si tu continues à remuer comme ça, les truites vont apprendre ton prénom, lui dit son père.
— Elles le connaissent peut-être déjà.
— Alors elles ont décidé de ne pas te répondre.
Stévan sourit. Il aimait ces matinées où son père parlait peu, non parce qu’il n’avait rien à dire, mais parce que le bruit du gave suffisait. Ils avaient emporté du pain, du fromage et une bouteille de chocolat encore chaud. Plus haut, des cloches tintaient dans un pâturage invisible derrière les arbres.
Le bouchon disparut.
— Papa !
Stévan tira trop vite. La ligne jaillit hors de l’eau sans poisson et passa derrière lui. Il recula pour éviter l’hameçon. Sa semelle se posa sur une pierre couverte d’une pellicule verte.
Le monde bascula.
Il eut juste le temps d’entendre son père crier son nom.
L’eau le frappa avec une violence qui lui arracha l’air des poumons. Le froid traversa ses vêtements, saisit sa poitrine et referma le torrent au-dessus de sa tête. Stévan tenta de remonter, mais le courant le retourna. Le ciel apparut un instant entre deux vagues, déchiré par les branches, puis disparut de nouveau.
Son épaule heurta une roche. Sa bouche s’ouvrit. Il s’attendit à avaler l’eau, à paniquer, à battre des bras comme les enfants qui se noyaient dans les histoires racontées à l’école.
La peur ne vint pas.
Sous la surface, le gave n’avait plus la même voix. Le fracas des rapides devint un grondement lointain, presque doux. La lumière descendait entre les remous en longues colonnes vertes. Des bulles tournaient autour de Stévan comme des perles de verre.
Il ouvrit les yeux.