En –8000, le roi Agadémas nourrit l’ambition d’unifier les royaumes dispersés sous la bannière d’un seul empire. Pour sceller cette union et légitimer son projet, il institue une épreuve mortelle destinée à désigner celui qui deviendra le premier empereur.
Troisième épisode de la saga des Alfides, chaque récit est conçu pour être lu indépendamment. Il n’est donc pas nécessaire de suivre l’ordre de publication : chaque épisode forme une histoire complète.
Roi de Saxonie, Agadémas régnait sur un royaume doté d’une situation géographique avantageuse et riche en ressources naturelles grâce à ses lacs et à ses forêts. En outre, le royaume entretenait de bons rapports avec ses chaleureux voisins, et son peuple, composé d’Alfides et de nombreux humains, vouait une fidélité absolue à son monarque, qui siégeait dans la majestueuse cité de Kollnavàr, la capitale saxonienne.
Âgé d’environ 160 ans, le vieux suzerain était un Alfide plutôt petit et râblé pour un être de son espèce. Érudit et perspicace, il possédait un savoir encyclopédique nourri par une soif insatiable de connaissances. L’histoire de sa civilisation le passionnait plus que tout. À chaque rencontre diplomatique, il n’hésitait pas à étaler sa science sur les fondements mêmes de la société Alfide, et captivait son auditoire en racontant des récits historiques qui suscitaient l’émerveillement. Ce goût pour l’histoire compensait un désintérêt manifeste pour les arts : il demeurait indifférent face à une statue et restait impassible devant une pièce de théâtre, art nouveau dans la civilisation Alfide.
Beaucoup pensaient que son désintérêt pour la culture, couplé à son érudition historique, avait joué un rôle déterminant dans son élection par les sages de Kollnavàr, il y a une centaine d’années. Être élu roi à soixante ans, un âge relativement jeune pour un Alfide, témoignait de la confiance des grands électeurs dans la longévité et la sagesse de leur monarque.
Cependant, ce roi, réputé pour sa sagesse et son savoir, nourrissait une obsession : unir tous les royaumes Alfides en une seule nation. Pour lui, il était inconcevable que des peuples partageant la même culture, la même langue et les mêmes institutions vivent dans des royaumes indépendants. Il ne dédaignait pas cette indépendance, lui-même chérissait la sienne, mais il voyait dans l’unité une nécessité pour affronter les défis à venir. Il craignait qu’un jour, les Alfides ne cèdent aux conflits internes, à l’image de leurs rustres cousins, avant qu’ils n’interviennent dans leurs vies. L’expansion des royaumes, qui intégraient un nombre croissant de villages, dont certains étaient peuplés d’Humains, provoquait des tensions. Des querelles émergeaient, principalement autour de l’exploitation des terres ou des ressources. Parfois, même des œuvres d’art devenaient un sujet de discorde entre Alfides. Ces différends, bien que modestes, faisaient naître chez Agadémas une nostalgie d’un temps où les Alfides unissaient leurs forces face aux dangers.