Gonfalon
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Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur (CPI, art. L.111-1)...
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Nous ne sommes jamais au bout de nos peines, même lorsque tout semble nous convaincre du contraire. C’est ainsi que le jeune hobereau, Hadelin du Rohargue, prit enfin le chemin de la revanche. Un retour bien plus périlleux qu’ il ne l avait supposé. Aussi, les épreuves qu il lui faudra affronter de face n’entameront pas son courage. Cependant, il en est une, plus intrinsèque aux profondeurs de l’âme humaine, qui pourrait peu à peu nuire à son élan : l’espérance.
Les jours et les nuits n’en finissaient plus pour nos deux recluses, séquestrées dans le donjon de Turrurbesse. Isabelle et sa fillette supportaient ainsi les pires tourments que l’avanie d’un homme s’autorisait, sans remord, à leur infliger.
Du fond de leur prison et de leur cœur, silencieuses, elles ne cessaient pourtant pas d’espérer en un lendemain plus heureux, celui de leur liberté…
Cette nuit-là, comme les précédentes d’ailleurs, il pleuvait des trombes d’eau. Pour se protéger des mauvais courants d’air et surtout des nombreuses gouttières dégoulinantes du toit, elles s’étaient repliées sous leur abri d’infortune, une table. Telle une hutte bâchée de tapisseries vieillottes et mitées. Cette promiscuité de misère les préservait ainsi du dénuement et d’un froid, de plus en plus mordant. La désagréable saison n’approchait-elle pas à grands pas ?
À entendre sa respiration plus apaisée et plus régulière, Pauline s’était endormie plus tôt que d’habitude, emmitouflée, recroquevillée dans ses haillons. Attentive au repos de son enfant, Isabelle l’entoura de sa plus maternelle tendresse et s’employa, souvent à ses détriments, à ce que rien ne troubla le sommeil de l’innocente. Puisqu’il lui fallait encore supporter ces heures affreusement longues et glaciales, ses souvenirs étaient, pour la plupart du temps, ses meilleurs compagnons. Telle une force vivace, ils l’empêchaient de sombrer, dans le pessimisme et le découragement.
En ces heures si détestables, les images mentales de sa mémoire lui apparurent alors plus singulièrement que d’habitude. Était-ce un signe ? se demanda-t-elle. Voulaient-elles l’amener à reconsidérer son évasion manquée, ce qu’elle fit, sans qu’elle en éprouvât la moindre contrariété, pas même un regret ?
(Au dernier moment, elle n’avait pas suivi son fils Hadelin. Une renonciation, afin de ne pas compromettre toute chance de succès. Une femme et une fillette n’auraient été qu’un désavantage assuré dans cette escapade. Ne valait-il pas mieux qu’elles restassent dans leur cachot, faire bon an mal an, malgré la menace du tyran et de son geôlier ?)
Puisqu’Isabelle était toujours aussi convaincue du bien-fondé de sa décision, ses évocations, plus présentes que jamais, la consolèrent en lui insufflant, inconsciemment, une ardeur quasi indéfectible. Telle une bouffée régénératrice, son âme et son corps s’étaient alors réchauffés, voire au plus fort des ténèbres.
Souvent, les monstres n’ont-ils pas été les boucs émissaires de créatures beaucoup plus dangereuses ? Ainsi Lysie, notre Coupeuse de feu, n’aurait jamais été cette sorcière cruelle si la malveillance d’un homme ne l’avait pas touchée en plein cœur.
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