Fragments d’une vie est le témoignage autobiographique d’un homme qui, à 50 ans, porte un regard sur les différentes étapes de son existence.
De l’enfance marquée par les difficultés scolaires à l’apprentissage en hôtellerie-restauration, des expériences parfois douloureuses vécues à l’étranger aux rencontres qui ont laissé une trace, ce récit traverse plusieurs décennies d’une vie faite de ruptures, de solitude et de recherche de repères.
L’auteur y raconte également son expérience de la psychiatrie et des hospitalisations sous contrainte, les blessures familiales, la peur de perdre sa mère, mais aussi son rapport à l’alcool, son parcours pour sortir du tabac et la place essentielle occupée depuis l’adolescence par Jim Morrison et The Doors.
Je n’ai jamais aimé l’école. Très tôt, dès la primaire, je me sentais en décalage, incompris. Je n’apprenais pas comme les autres. Je n’écoutais pas, ou du moins, pas comme il fallait. J’avais de mauvais résultats, et ça inquiétait ma mère. Elle a voulu comprendre, m’aider. Ensemble, nous sommes allés consulter un psychologue, puis nous avons été reçus à l’hôpital Necker. On m’a répondu sans ménagement : " je suis un un emmerdeur." Et à ma mère : "Soyez plus sévère." Pas de diagnostic, pas de bienveillance. Juste un jugement.
Les sept premières années de ma scolarité — j’ai redoublé le CE2 — furent lourdes, pesantes. Ni moi ni ma mère n’en gardons un bon souvenir. C’était une lutte quotidienne, sans soutien. Et plus les années passaient, plus je m’éloignais de l’école, du goût d’apprendre, de la confiance en moi.
Au collège, je ne faisais plus rien. J’étais là sans y être. On m’a laissé glisser jusqu’en fin de 5e, puis on m’a orienté vers un établissement d’enseignement adapté. En vérité, c’était l’endroit où l’on envoyait tous ceux qu’on ne savait pas gérer : "les cas sociaux", "les cas psy". Ce fut une période très douloureuse. J’y ai ressenti l’abandon du système, le regard froid des institutions, la honte d’avoir été mis à l’écart. J’ai compris qu’à leurs yeux, j’étais devenu un "cas" de plus.
La seule issue possible, c’était de trouver une autre voie. J’ai choisi l’apprentissage en école hôtelière. Ce n’était pas simple non plus. Le rythme, l’exigence, tout était nouveau, rude. Mais au moins, je voyais du concret. Petit à petit, j’ai tenu. J’ai décroché un CAP, puis un BEP. Ce n’était pas un triomphe, mais c’était une victoire. Une victoire silencieuse, modeste, mais la mienne.