Narcisse Tshebe
Origine :
La République démocratique du Congo
🎓 Ambassadeur Edition999
Biographie
Je me présente : NARCISSE TSHEBE BALABEBE, étudiant en droit à l’Université Pédagogique Nationale(RD Congo ) et initiateur du projet FORZA DELLA PAROLA(La force de la parole)
Interview de Narcisse Tshebe
Edition999 rencontre Narcisse Tshebe
Comment écrivez-vous ?J’écris d’abord dans le silence. Avant les mots, il y a toujours une blessure, une image, une absence ou une question qui me poursuit intérieurement. Je n’écris pas pour raconter uniquement des histoires ; j’écris pour comprendre ce qui, dans l’être humain, reste souvent invisible.
Mon écriture naît d’un mélange de réflexion philosophique, d’observation psychologique et d’émotion personnelle. Je travaille beaucoup sur la musicalité des phrases, les symboles, les tensions intérieures et la mémoire affective.
Concernant Les Seins Éphémères, l’écriture s’est construite lentement, presque comme une méditation. Je voulais une prose capable de porter à la fois la fragilité du désir, la beauté du corps et l’éphémérité des sentiments humains.
Je n’écris donc pas seulement avec l’imagination ; j’écris aussi avec les silences, les contradictions et les blessures que l’existence impose à chacun de nous.
Pourquoi écrivez-vous ?
J’écris parce que certaines douleurs refusent le silence. L’écriture est pour moi une manière de comprendre l’être humain, ses blessures invisibles, ses contradictions et ses manques. Très tôt, j’ai compris que beaucoup de souffrances humaines ne trouvent pas leur place dans les conversations ordinaires. Alors j’ai choisi les mots comme espace de vérité. J’écris également pour conserver une trace. Une existence qui ne laisse aucune parole finit parfois par disparaître dans l’oubli.
La littérature permet de transformer une expérience individuelle en réflexion universelle.
Dans mes œuvres, je ne cherche pas seulement à raconter ; je cherche à interroger. Pourquoi l’homme souffre-t-il ? Pourquoi aime-t-il ce qui parfois le détruit ? Pourquoi certaines blessures traversent-elles des générations entières ? Écrire est donc devenu pour
moi une forme de recherche intérieure, presque une nécessité existentielle. Ce n’est pas seulement un art ; c’est une manière d’habiter le monde et de dialoguer avec ses zones les plus silencieuses.
D’où vous vient votre passion d’écrire ?
Ma passion pour l’écriture vient d’abord de l’observation du monde et des silences humains.
Très jeune, j’ai compris que beaucoup de personnes souffrent sans parvenir à expliquer réellement ce qu’elles ressentent. Les émotions, les blessures familiales, les conflits intérieurs ou même certaines formes d’amour restent souvent enfermés dans le silence. L’écriture est devenue pour moi une manière de donner une voix à ces réalités invisibles.
Mon passage dans un environnement intellectuel et spirituel chez les Pères Jésuites a également profondément marqué ma manière de penser. La littérature, la philosophie et la réflexion sur l’être humain ont progressivement transformé ma curiosité en véritable vocation.
J’ai aussi été influencé par les grandes lectures : Freud, Lacan, Jung, Kierkegaard, mais également par la littérature africaine et les expériences humaines observées autour de moi à Kinshasa comme ailleurs.
Au fond, je crois que ma passion d’écrire vient d’un besoin simple : comprendre l’homme. Comprendre pourquoi il aime, pourquoi il souffre, pourquoi il se détruit parfois lui-même tout en cherchant désespérément à être aimé.
Comment vous vient le sujet d’une nouvelle ou d’un roman ?
Les sujets de mes romans ne naissent presque jamais d’une idée soudaine. Ils viennent lentement, comme une obsession intérieure.
Parfois, tout commence par une phrase entendue dans la rue, un regard, une douleur observée chez quelqu’un, une absence, un souvenir ou même une question qui refuse de quitter mon esprit. Ensuite, cette question grandit intérieurement jusqu’à devenir un univers littéraire.
Pour moi, un roman commence souvent par un conflit humain. Dans Les Seins Éphémères, ce qui m’intéressait n’était pas seulement une histoire, mais la fragilité des liens affectifs et la manière dont le désir humain reste toujours confronté à la disparition, au manque et au temps.
Dans MATRICIDES DUELS, le sujet est venu d’une réflexion plus profonde sur la mémoire affective, le lien mère-enfant et les blessures psychiques silencieuses qui accompagnent parfois la construction de l’identité.
Je n’écris donc pas à partir de simples événements ; j’écris à partir des tensions invisibles qui habitent les êtres humains. Le sujet d’un livre apparaît lorsqu’une question intérieure devient trop lourde pour rester silencieuse.
Quels sont vos écrivains préférés ?
Mes influences littéraires sont très variées, parce que je ne cherche pas seulement des écrivains qui racontent des histoires, mais des auteurs qui explorent profondément l’être humain.
Parmi les écrivains et penseurs qui m’ont marqué, il y a d’abord Sigmund Freud pour sa compréhension de l’inconscient et des blessures psychiques invisibles. Donald Winnicott et Jacques Lacan ont également influencé ma manière de réfléchir au lien mère-enfant et à la construction de l’identité.
En littérature, j’admire beaucoup Fiodor Dostoïevski pour son exploration des conflits intérieurs, Franz Kafka pour son univers existentiel et oppressant, ainsi que Victor Hugo pour la puissance émotionnelle et philosophique de son écriture.
Je suis aussi profondément attaché à certains auteurs africains comme Sony Labou Tansi, Ahmadou Kourouma et Aimé Césaire, qui ont su donner à la littérature africaine une voix puissante, critique et poétique.
Enfin, des philosophes comme Søren Kierkegaard, Hannah Arendt et Carl Gustav Jung nourrissent énormément ma réflexion sur la solitude humaine, la liberté, la mémoire et les contradictions de l’existence.
Tous ces auteurs m’ont appris une chose essentielle : la littérature n’est pas seulement un divertissement ; elle peut devenir une manière de comprendre l’homme dans ses profondeurs les plus silencieuses.
LE LIVRE que vous emmèneriez sur une île déserte
Si je devais emporter un seul livre sur une île déserte, ce serait probablement Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski. Parce que ce livre contient presque toute la complexité humaine : la foi, le doute, la culpabilité, la famille, la violence intérieure, le besoin d’amour et la quête de sens. C’est une œuvre qui ne se termine jamais réellement ; chaque lecture révèle une nouvelle profondeur. J’aime les livres capables de dialoguer avec la solitude humaine. Sur une île déserte, je crois qu’un ouvrage doit être plus qu’une distraction : il doit devenir un compagnon de pensée. Dostoïevski possède cette capacité rare de mettre l’homme face à lui-même, sans masque. Et c’est précisément ce que je recherche dans la littérature.
Quel est votre mot préféré ?
Témoin des ombres, ignorant du passé.
Quelle est votre drogue favorite ?
Ma drogue favorite, c’est probablement la pensée.
Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?
Si Dieu existe, j’aimerais qu’après ma mort Il me dise simplement : “Tu as essayé de comprendre l’homme sans cesser d’aimer l’humanité malgré ses blessures.” Je ne pense pas que la vie humaine soit une existence parfaite. Nous traversons des contradictions, des fautes, des doutes et des combats intérieurs permanents. Mais je crois qu’il existe une forme de dignité dans la recherche sincère de vérité. J’aimerais aussi entendre : “Tu n’as pas écrit pour être admiré, mais pour éclairer quelques consciences.” Parce qu’au fond, toute mon écriture est une tentative de dialogue avec la souffrance humaine, avec les silences, avec ce qui reste invisible dans les êtres. Et peut-être enfin : “Repose-toi maintenant ; tes questions peuvent enfin se taire.”
Pensez-vous que les critiques apportent à l’écrivain ?
Oui, je pense que les critiques sont nécessaires à l’écrivain, même lorsqu’elles sont dures.
Un écrivain qui refuse toute critique risque de finir prisonnier de sa propre image. La littérature n’est pas seulement un espace d’expression ; c’est aussi un dialogue avec des lecteurs, des sensibilités et des visions du monde différentes.
Certaines critiques blessent, surtout lorsqu’on a mis une partie de soi-même dans un texte. Mais avec le temps, j’ai compris qu’il faut distinguer la méchanceté gratuite de la critique sincère. Une critique intelligente peut obliger l’auteur à approfondir son écriture, à devenir plus vrai, plus exigeant et plus humain.
Les grands écrivains de l’histoire ont tous été critiqués. Aucun auteur sérieux n’échappe au regard des autres. La critique fait partie du risque même d’écrire.
Cependant, je crois aussi qu’un écrivain ne doit pas devenir l’esclave de l’opinion publique. Écouter les critiques, oui ; perdre sa voix pour plaire à tout le monde, non.
Au fond, la meilleure critique est celle qui pousse l’auteur non pas à abandonner l’écriture, mais à écrire avec davantage de vérité intérieure.
Pourquoi avez-vous choisi de publier sur Edition999 ?
Le choix des Éditions999 ne relève pas du hasard, mais d’une affinité de vision. Publier un texte ne consiste pas seulement à le diffuser, mais à lui trouver un espace capable de respecter sa voix, son intention et sa liberté. Les Éditions999 représentent pour moi un cadre où l’écriture peut exister sans être immédiatement enfermée dans des normes trop rigides. C’est un espace où l’auteur conserve une part de maîtrise sur son œuvre, tout en accédant à une diffusion structurée. Au-delà de l’aspect éditorial, il y a aussi une logique de parcours : commencer, exister, être lu, puis évoluer. Toute œuvre a besoin d’un point de départ, même imparfait, pour se confronter au réel et aux lecteurs. Ce choix traduit donc une idée simple : publier, ce n’est pas seulement être édité, c’est accepter que le texte vive, circule et se transforme dans le regard des autres.
Avez-vous des projets en cours ?
Oui, j’ai plusieurs projets en cours d’écriture. L’un des plus importants est un essai à venir, prévu dans huit mois, intitulé Les Matricides Duels. Ce travail s’inscrit dans une continuité de réflexion autour des tensions intérieures, des liens familiaux et des ruptures psychiques et symboliques qui traversent l’être humain. Contrairement à un roman, cet essai adoptera une approche plus analytique et conceptuelle, tout en gardant une forte dimension littéraire. Il ne s’agit pas simplement d’un projet d’écriture, mais d’un temps long de maturation. Certains textes ne se précipitent pas : ils exigent du silence, de l’expérience et du recul. Ainsi, Les Matricides Duels est pensé comme une œuvre de fond, appelée à interroger en profondeur les conflits invisibles de la filiation et de la mémoire.
Si vous désirez ajouter quelques mots aux lecteurs qui vont vous lire. C’est ici et maintenant.
À vous qui me lisez ici et maintenant, je ne vous demande ni adhésion ni admiration. Je vous propose seulement une traversée. Chaque texte que j’écris est une tentative de comprendre ce que les mots ne parviennent pas toujours à guérir : les silences, les ruptures, les héritages invisibles et les contradictions humaines. Si ces pages vous dérangent, c’est peut-être qu’elles touchent quelque chose de réel. Et si elles vous apaisent, c’est peut-être qu’elles ont effleuré une vérité que vous portiez déjà en vous. Je n’écris pas pour imposer une vision, mais pour ouvrir des espaces de réflexion. Le reste vous appartient.
Bibliographie de Narcisse Tshebe 1 livre
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