Au Gabon, cette phrase est un murmure qui tue. C’est le refrain de la fatigue dans les mapanes inondés de Kinguélé, le soupir du taximan devant le racket, le silence du retraité face au guichet fermé. On nous l’a apprise comme une prière de résignation, une anesthésie pour accepter l’inacceptable : l’or sous nos pieds et la boue dans nos assiettes.
Mais la poésie ne sait pas se taire.
À travers cinquante poèmes au scalpel, ce recueil autopsie un pays de contrastes hurlants. Des pipelines de la soif aux amphis fantômes de l’UOB, des forêts pillées aux palais barricadés de la Sablière, l’écriture ici ne cherche pas à plaire. Elle cherche à inciser. Elle transforme la plainte en cri et le cri en chantier.
C’est un voyage qui commence dans la poussière de l’abandon pour s’achever dans la clarté du sursaut. Car au bout de la nuit sociale, une vérité finit par éclater, brutale et magnifique : le destin d’un peuple n’est pas un pot-de-vin que l’on négocie, c’est une route que l’on trace.
Il est temps de ne plus faire « comment », mais de faire tout court.
« On ne fera plus de la vie un long naufrage,
Au profit des banquets de quelques légionnaires.
La peur a changé d’âme, elle a changé de camp,
Elle tremble désormais sous les lustres de soie. »
(Extrait du Poème 45)
L’Echo du Silence
C’est l’hymne des bras croisés,
La mélodie du bitume qui s’effrite, Le refrain qui meurt dans la gorge du taximan Entre deux nids-de-poule et un contrôle.
« On va encore faire comment ? »
On le boit au comptoir de la Regab,
On le mâche avec le coupé-coupé, On l’injecte dans les veines des mapanes Comme un anesthésiant pour ne plus hurler.
Mais sous la résignation, La terre du Komo bouillonne.
Chaque poème ici est un démenti,
Une pierre jetée dans le miroir de l’indifférence.
On ne va plus « faire comment », On va dire comment.
On va écrire comment.